Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 5 – Emmanuel Beau de Loménie

Publié le


Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 5 - Emmanuel Beau de Loménie

Titre : Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 5 : De Hitler à Pétain

Auteur : Emmanuel Beau de Loménie

Date de sortie : 1973 (1ère édition)

Résumé / Quatrième de couverture :

« Voici le cinquième volume, publié en 1974, des Responsables des dynasties bourgeoises dont Emmanuel Beau de Loménie avait entrepris l’étude à partir de 1940.
Son propos est d’expliquer pourquoi la France a soudain perdu le dynamisme qui avait assuré son prestige international, en se laissant influencer, dès la fin du XVIIIe siècle, par divers groupes de haute bourgeoisie.
Portés par les remous de la Révolution de 1789, ces groupes n’ont cessé par la suite de jouer, au dépens de la santé nationale, un rôle ouvertement et secrètement dominant.
Avec De Hitler à Pétain, l’auteur souligne la dérision des gesticulations politiques des dirigeants français entre 1933 et 1940 alors que la montée des périls est si évidente.
Il souligne les ambiguïtés, les carences et les hypocrisies, les mensonges du Front populaire sous les gouvernements Léon Blum et Chautemps.
Il nous montre aussi les maîtres de la finance et des affaires préparant de nouvelles dévaluations monétaires, grignotant la retraite des anciens combattants, déconcertant le pays face à l’Allemagne qui, pour préparer sa revanche, exploite notre démoralisation grandissante.
Beau de Loménie met ainsi en valeur de façon accablante les égoïstes à courte vue des principaux personnages qui ont joué un rôle dominant et déterminant dans notre défaite de 1940; il nous dit comment et pourquoi nous avons perdu notre immense empire d’outre-mer; comment et pourquoi nous avons du nous replier dans notre hexagone métropolitain, sous le contrôle de la finance américaine.
 »

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

Cette série de 5 volumes publiés sur 30 années, de 1943 à 1973, constitue la plus formidable et la plus passionnante critique de l’Histoire contemporaine de la France. Événement exceptionnel : Le Monde avait consacré une article de première page lors de la réédition en 1978 de ce livre non-conformiste. Mine inépuisable pour le chercheur, plus souvent pillée que citée, elle est d’abord l’œuvre d’un grand intellectuel et d’un patriote lucide qui cherche à démêler les causes de l’effondrement de son pays en 1940. Loin d’incriminer les nuisances bien connues et les conspirations fantasmagoriques, il souligne la place constante de ceux qu’il appelle « les grands habiles », politiciens de centre gauche, constamment au service du Gros Argent monopoliste. Car la source illégitime et immorale de la fortune des dynasties bourgeoises ne réside pas dans l’entreprise : elle remonte aux accaparements opérés, à l’époque de la révolution française, par les acquéreurs de biens nationaux.

Tome V : De Hitler à Pétain (1933-1940). Ce dernier volume corrige un certain nombre de mensonges patiemment inculqués aux enfants de l’École républicaine sur les responsabilités directes du désastre de 1940. Le Front populaire y est décrit sous son vrai visage. Le recours au maréchal Pétain est expliqué objectivement.

Extrait :

« Moins apparent encore, mais bien symbolique et bien propre à suggérer de très inquiétantes réflexions, il y a ce que l’on peut appeler à présent le groupe Giscard d’Estaing.
Ce groupe qui, par ses attaches familiales avec les Gillet, les Carnot, les Schneider est en grande partie maître aujourd’hui des principales affaires de la région lyonnaise, en même temps que son principal poulain tient aujourd’hui le ministère des Finances et prépare sa candidature à la présidence de la République, ce groupement peut, pour le grand public apparaître encore assez nouveau. Car le nom de Giscard d’Estaing est d’invention assez récente. Mais, je l’ai indiqué, en ligne directe, par les hommes et par les femmes, sous des noms divers, les Montalivet, les Georges-Picot, les Bardoux, et le père de l’actuel ministre, l’ancien inspecteur des Finances Edmond Giscard, le groupe Giscard d’Estaing représente celle de nos grandes dynasties qui, à travers toutes sortes de conversions opportunistes, été depuis le plus longtemps et de la façon la plus continue à la tête des affaires publiques les plus hautes et des affaires privées les plus puissantes.
Ce qui rend aujourd’hui de plus en plus difficile de suivre l’évolution de ces dynasties dont les accaparements ont entraîné pour notre pays des conséquences si déprimantes, c’est que nos habiles ne se sont pas contentés de tenir la finance et les hauts cadres administratifs. Plus que jamais ils tiennent les académies et ce qui nous reste de presse intellectuelle. Entre les cas les plus pittoresques, je ne peux m’empêcher de citer celui de M. Jacques Chastenet, dont j’ai signalé la longue carrière d’avant-guerre dans les conseils de notre haute métallurgie, et qui aujourd’hui, cumulant les fauteuils de deux académies, s’est appliqué ces dernières années à écrire une longue histoire de la Troisième République, où il s’est attaché à dissimuler toutes les fautes des grands, et dont le dernier volume se termine par un paragraphe où il nous explique que, somme toute la Troisième République, conduite par les remarquables élites dont il n’a cessé d’être le serviteur, représente une des grandes périodes de notre histoire ; et que les fautes commises par le régime vieillissant ne sauraient faire oublier ni ses heures de gloire, ni la prospérité et le rayonnement qui, pendant la plus grande partie de sa longue carrière, signalèrent la France.
Les choses étant ainsi, ceux qui voudront tirer un juste enseignement de l’évolution de nos périodes les plus immédiatement récentes auront une tâche de plus en plus difficile. Il est trop tard pour moi. L’âge que j’ai atteint ne me permet pas de poursuivre, comme je l’ai fait pour les périodes précédentes, l’histoire après notre dernière guerre de nos féodalités de plus en plus livrées à l’étranger. Je laisse ce soin à de plus jeunes. Mais il faut qu’il s’en trouve qui gardent assez d’indépendance pour savoir se tenir à l’écart de la tentation des honneurs officiels. »


Sur Stavisky :

« Il se lançait avec la Banque nationale de Crédit, d’une part, avec la charge d’agent de change Laforcade, de l’autre, dans des opérations compliquées d’achat et de vente de titres à découvert. En soi, ces spéculations de titres qui, à ce moment-là (nous sommes en pleine crise de changes et des dévaluations monétaires), devenaient très répandues, n’étaient pas punissables. Seulement le premier malheur était que les titres, ayant servi de couverture pour amorcer la combinaison, étaient des titres tout simplement volés par un de ses complices. De plus, une fois l’affaire engagée, avec ce trait de joueur sans bon sens qui devait être sa plus lamentable faiblesse, il multipliait si bien les opérations de vente et d’achats, sans rien mesurer, qu’un jour son compte se trouvait lourdement déficitaire. Les établissements intéressés ouvraient alors une enquête. Et le vol des titres, qui était à la base du trafic, était découvert. »


Sur les sociétés et les parlementaires :

« Pour comprendre il faut se rendre compte comment dans une société où déjà, par le jeu des dévaluations successives, étaient méthodiquement ruinées les ressources stables des vieilles familles bourgeoises, nourries d’un traditionnel souci d’honorabilité et d’honnêteté, les voies s’étaient trouvées peu à peu ouvertes jusque dans les milieux dominants, à toutes sortes de personnages, fort mal armés, par leur formation première, pour apprécier un Stavisky à sa juste valeur.

Les parlementaires d’abord. Depuis longtemps déjà beaucoup d’entre eux étaient recrutés sans qu’on leur demandât une vraie culture, bien au contraire. Les uns (c’était le cas de beaucoup d’élus modérés) étaient choisis pour leur médiocrité même, par certaines des grandes influences d’affaires, désireuses d’opérer au moyen d’hommes de paille, tout en demeurant personnellement dans la coulisse.

D’autres (c’était souvent le cas des élus de la gauche, de la gauche radicalisante surtout) étaient désignés par les comités à base de demi-intellectuels de loges maçonniques et d’universitaires, fils d’instituteurs primaires, à la formation sommairement simpliste, et fort mal préparés par leur milieu d’origine à distinguer le vrai et le faux luxe. »


Au sujet de Doumergue :

« Doumergue lui-même pouvait être considéré comme une figure symbolique des équivoques dont le parti radical méritait d’être accusé. Modeste bourgeoises du Midi qui, après des études sans éclat à la faculté de droit de paris, avait par son adhésion à la maçonnerie, et par les origines protestantes de sa famille, obtenu un petit poste de magistrat en Indochine d’abord, en Algérie ensuite, il avait très vite reçu un siège de député ; quelques années après, un portefeuille dans le cabinet essentiellement anticlérical de Combes en 1902, et ensuite dans le long cabinet Clémenceau de 1906. Il avait même tenu un moment la présidence du Conseil, dans les mois qui avaient précédé la guerre, au temps où Poincaré débutait à la présidence de la République.

[…]

« Et de fait, pendant tout son septennat, au cour de la période de 1924 à 1931, qui fut jalonnée par la dévaluation du franc, et par les premiers grands scandales financiers, Doumergue avait su se tirer personnellement d’affaire, sans se faire d’ennemis nulle part. Même, avec la pratique des honneurs officiels, ce petit homme rondouillard et peu bavard, dont les chansonniers et les caricaturistes avaient seulement signalé pendant longtemps le sourire faussement bonhomme, s’était fait, dans quelques grandes circonstances, une sorte de curieuse dignité d’allure. »


Sur Hitler et le nazisme :

« Quelques semaines après ses massacres du 30 juin, le 25 juillet à Vienne, il faisait assassiner par des nazis autrichiens le chancelier d’Autriche Dollfus, qui, chef d’un parti avant tout catholique, s’était montré ardemment opposé à toute entente avec la nouvelle Allemagne hitlérienne où dominaient les influences prussiennes et protestantes. […]

« Enfin le 2 août, le maréchal Hindenburg qui, en apparence au moins, continuait à faire, en sa qualité de président de la République, quelque peu contrepoids au nazisme, s’était teint à l’âge de 83 ans. Le même jour, sans attendre, un décret d’Hitler, modifiant les termes de la constitution de Weimar, jusque-là respectée en apparence du moins, déclarait qu’à l’avenir les fonctions de président de la République et de chancelier seraient confondues, et confiées l’une et à l’autre au Führer. Et le 19 août ce décret avait été ratifié par un plébiscite qui donnait au régime 38 millions de voix contre 4 millions. »


Au sujet des nouvelles dépenses de la ligne Maginot que rien ne justifiait :

« Divers orateurs, membres de la commission des Finances, avaient apporté à ce sujet des précisions accablantes. Deux d’entre eux, Jules Moch et Vincent Auriol avaient été particulièrement précis. Jules Moch avait signalé qu’en bien des cas, au lieu de recourir à la procédure normale des adjudications, les marchés avaient été conclus de gré à gré, dans des conditions tellement anormales qu’on avait vu des représentants des entreprises à qui les travaux avaient été concédés siéger en même temps dans les commissions administratives chargés de conclure les marchés au nom de l’Etat, et par suite « cumuler les fonctions de contrôleur et de contrôlé ». Il avait cité plusieurs exemple parmi lesquels un des plus caractéristiques avait été celui d’un certain marché où les dépenses prévues pour 324 millions, s’étaient élevées à 831 millions, sans qu’aucun contrôle ait été exercé pour tenter de justifier ou de réviser un tel dépassement. De sorte que les services de la Guerre s’étaient vus amenés à réclamer hors budget, à coup d’emprunts plus ou moins irréguliers, des crédits supplémentaires. »


Au sujet du Maréchal Pétain :

« La parole avait été donnée au ministre de la Guerre. Le ministre de la Guerre c’était le maréchal Pétain, nommé en février par Doumergue, en raison du prestige que son nom pouvait apporter au cabinet.

Alors âgé de 78 ans, retiré depuis quelques années dans les fonctions demi-décoratives d’inspecteur général de la Défense aérienne, il ne s’était jamais jusque-là mêlé publiquement de politique. Une fois en place, si l’on en croit ses biographes, le général Laure et le général Conquet, qui travaillaient alors avec lui, il s’était montré soucieux d’examiner minutieusement l’état de notre situation militaire en hommes et en équipements, et peu désireux de se mettre en vedette au Parlement où il ne se sentait pas à son aise. »


Sur la constitution de la Chambre et du Sénat :

« … un ministre disposant d’une majorité à la Chambre, mais qui se trouvait mis en minorité au Sénat avait déjà constitutionnellement le droit de se maintenir. (C’est ce qui aurait très bien pu arriver en 1925 si Herriot, mis en minorité au Sénat, avait eu le courage de tenir tête, et de faire lui-même palle au pays). Le Sénat se serait vu, s’il refusait de céder, obligé de demander lui-même la dissolution. Il l’aurait fait ou ne l’aurait pas fait. Mais de toute façon, dans un cas pareil, conformément à la constitution de 1875, la dissolution était déjà parfaitement légale. Autre cas inverse. Un président du Conseil, mis en minorité à la Chambre, avait également parfaitement le droit de demander, d’accord avec le Sénat, la dissolution de la Chambre. »


Sur Herriot :

« Ici encore le récit le plus pittoresque, et sans doute assez vrai, qui nous soit parvenu est celui de Lamoureux.

Pendant plusieurs fois de suite, Herriot, qui n’avait à Paris d’autre domicile qu’une chambre dans un grand hôtel des boulevards, avait invité ses collègues radicaux à venir conférer avec lui. Vêtu seulement d’un pyjama débraillé, dont la veste entrouverte laissait largement voir sa poitrine en sueur, couverte de longs poils grisonnants ; fumant sans arrêt une grosse pope, et versant par intervalles à ses hôtes de larges rasades de café froid, tirées d’un vase posé sur sa table de nuit, il leur parlait assez durement, paraît-il, de Doumergue.

A vrai dire Lamoureux qui, par la suite, fut un des ralliés de Vichy, et qui, après la Libération, fut mise assez rudement à l’écart, avait, au moment où il rédigea ses souvenirs, d’assez grandes rancunes à soulager contre Herriot. »


Sur le conseil municipal :

« Alors que la moindre commune de France possède un conseil municipal de douze membres, qui élit lui-même son maire et les adjoints de celui-ci, lesquels disposent de pouvoirs de police et d’un contrôle budgétaire, pendant tout le cours du XIXème siècle l’effroi laissé par les émeutes parisiennes tant de fois répétées avait poussé tous nos régimes successifs à limites à des chiffres infimes le nombre de représentants municipaux de la capitale, et à limite strictement les pouvoirs de ceux-ci. Il n’y eut, pendant de nombreuses dizaines d’années, pas plus de trois ou quatre conseillers par arrondissements, lesquels, jusqu’en 1871, sauf pendant une quinzaine d’années sous Louis-Philippe, furent nommés par le pouvoir et non élus.

Qui est plus est, leur présent, qu’ils n’avaient le droit d’élire que pour une période très courte d’un an était pour tout ce qui concernait la police et le budget de la ville contrôlé par deux préfets, le préfet de police et le préfet de la Seine. Si ensuite depuis les débuts de la IIIème République, les conseillers avaient été élus, leur nombre était devenu proportionnellement de plus en plus dérisoire. Tandis que la population de la ville, à l’intérieur de l’enceinte des fortifications, augmentait peu à peu de plus d’un million, les conseillers restaient toujours un par quartier, soit quatre pour chacun des vingt arrondissements. Et si chacun de ces arrondissements possédait un maire et quelques adjoints, il ne s’agissait que de fonctionnaires, nommés et révoqués par le pouvoir, sans aucune règle et sans la moindre consultation des habitants. »


Sur la colonisation, et la puissance anglaise, séance à la tribune le 28 décembre :

« Sans rien dire d’injurieux contre l’Angleterre, il aurait pu, sur un ton poli, un peu ironique peut-être seulement, faire observer ce qu’il y avait d’impropre, d’excessif et d’inexact dans les formules dont s’était servi Reynaud pour parler de ce qu’il avait appelé l’idéalisme désintéressé des Anglais et leur hostilité à toute politique d’agression. Car enfin la puissance anglaise s’était faite dans une grande mesure par la conquête. Et sans doute, c’était le plus souvent dans des régions soit encore à demi désertes, soit habitées par des populations de civilisation inférieure ou retardées que cette puissance s’était imposée, en assurant l’ordre et la paix. Si bien qu’un jour, à la fin du siècle dernier, un homme politique anglais, lord Curson, s’était estimé en droit d’affirmer dans un discours demeuré célèbre : « L’empire britannique est, après la providence, la plus grande force de bien qui soit au monde. »

[…]

« Laval même aurait pu ne pas s’en tenir à rappeler à Reynaud les anciens discours où celui-ci avait célébré les mérites coloniaux de la Grande-Bretagne et de la France. Il aurait pu rappeler qu’en 1931 le gouvernement français de l’époque avait invité les autres nations européennes, et l’Italie entre autres, à participer à l’exaltation de l’œuvre coloniale, en édifiant chacune un pavillon à côté des nôtres ; et que, le jour de l’inauguration, Reynaud lui-même avait, en sa qualité de ministre, donné la parole, au nom des exposants étrangers, à l’ambassadeur d’Italie, lequel avait dit : « Le fervent colonial que je suis vous exprime toute l’admiration que nous éprouvons à parcourir cette grandiose revue de la vie coloniale, à laquelle la France a convié tous les peoples colonisateurs… C’est l’Odyssée homérique de la race blanche qui, ayant atteint désormais chaque coin du monde, a transformé et continue à transformer les continents barbares en régions civilisées. »


Sur l’échec de l’assimilation dans nos colonies :

«  Cette assimilation intellectuelle et morale, qui sans doute aurait demandé des efforts, de la patience et aussi des sacrifices d’argent, mais qui, l’expérience l’a prouvé, aurait été indispensable, si nous ne voulions pas nous exposer à tout perdre un jour, eût dû être essentiellement à base religieuse. Comme je l’ai rappelé précédemment, dès la fin du Second Empire, en 1868 dans une lettre adressée à l’œuvre des Ecoles d’Orient pour faire valoir la nécessité d’un vaste effort de conversion au christianisme des populations indigènes d’Afrique du Nord que la conquête Arabe d’abord, la conquête turque ensuite, avaient plus ou moins islamisées, et détachées en tout cas du christianisme, si puissamment implanté pendant quelques siècles sur le sol africain, au temps de l’occupation romaine, le premier évêque d’Alger, le futur cardinal Lavigerie avait écrit : « Avec le Coran, dans mille ans comme aujourd’hui, nous serons des chiens de chrétien et il sera méritoire et sain de nous égorger et de nous jeter à la mer. »

« Le gouvernement Blum, plus obligé qu’aucun de ses prédécesseurs (en raison des équivoques sur lesquelles reposait le Front populaire) de recourir aux dérivatifs, avait eu une idée bizarre. Pour apaiser les commencements de révolte, il accorderait la citoyenneté française, et les droits de citoyen français, à un certain nombre d’indigènes de souche musulmane, sans leur demander de renoncer à leur religion et sans du reste leur apporter ni salaires plus élevés ni embauches plus avantageuses. D’où toutes sortes de complications.

Car d’abord l’accession à la citoyenneté française avec le maintien d’un statut religieux coranique est à plus d’un point de vie une solution contradictoire. Elle crée des citoyens qui, avec les mêmes droits que les autres, n’obéissent pas aux mêmes lois (les lois entre autres relatives au statut des femmes et des enfants). »


Sur Charles Maurras :

« Fils d’un percepteur du bourg de Martigues dans les Bouches-du-Rhône, issu d’une modeste famille de Blancs du Midi, nourri de fidélité monarchique, mais sans grande culture, quand il avait débarqué à Paris, une fois son baccalauréat passé, avec de grandes ambitions littéraires mais à peu près sans relations dans les milieux cultivés de la capitale, il s’était très vite trouvé, sans s’en rendre compte, prisonnier des formules alors adoptées par certaines des vedettes académiques qui, depuis quelques dizaines d’années, pour faire leur chemin à travers nos changements de régime, avaient avec Sainte-Beuve, Taine, Renan et quelques autres suivi les courants d’un conservatisme à tendances anticléricales et centre gauche, les mieux propres, leur semblait-il, à justifier les plus avantageux opportunismes. Chateaubriand, dont toute la carrière avait été nourrie du mépris de tos les opportunismes, était une de leurs bêtes noires. Maurras débutant avant, dans une brochure dont il ne voulut jamais démordre par la suite, récité leurs clichés, sans être en mesure de bien comprendre. Quand, pour ma part, avec une formation familiale plus traditionaliste, j’avais entrepris ma thèse de doctorat de lettres sur la carrière politique de Chateaubriand qui, sans système encore très nettement défini, devant, me semblait-il, me servir à étudier l’évolution des courants d’idées et d’intérêts du XIXème siècle, j’avais été tout naturellement amené peu à peu à découvrir combien étaient équivoques et trompeuses certaines des thèses familières aux maîtres que Maurras s’était donnés à ses débuts. Je ne pensais nullement au départ à une rupture avec l’Action française. Mais j’avais été bientôt obligé de constater que l’orgueil intellectuel, étroitement fermé sur lui-même, de Charles Maurras, rendait impossible toute mise au point commune. »


Sur Henri de Kérillis :

« … ses compromissions un peu voyantes avec certains entrepreneurs de matériel d’aviation, ceux de la maison Farman notamment.

Mais dans l’intervalle il avait pris l’initiative de fonder avec des fonds qui (si l’on en croit les indications fournies par Henry Coston dans son dictionnaire de la politique française) lui furent procurés dès le départ par les puissantes de nos entreprises industrielles et bancaires, un organisme intitulé par lui « Centre de Propagande des républicains nationaux » lequel, sans se rattacher à aucune formation politique déterminée, se proposait surtout de former une école d’orateurs d’extrême gauche, avec des arguments simplistes, propres, déclarait-il, à frapper. Et sans doute il avait eu par là le moyen de faire beaucoup de vent. Qui est plus, pour la nouvelle campagne il était en train d’organiser ce qu’il appelait un Comité d’arbitrage des candidats nationaux. Mais il ne représentait rien de très précis. »

[…]

« Pour l’organisation de dernière heure de cette union nationale antimouscoutaire que réclamait Louis Marin, Kérillis, avec son centre de propagande des républicains nationaux, lié par tant de subventions avec les plus grosses puissances d’affaires, prenait peu à peu, grâce aux nombreux communiqués qu’il était en mesure de diffuser dans l’Echo de Paris, une influence grandissante dans le comité d’arbitrage. Or, lui aussi, reprenait et accentuait encore les slogans simplistes de Louis Marin. Il diffusait entre autres, à la fin de mars, une affiche où il affirmait en gros caractères : « Votez contre le Front populaire, fauteur de guerre. Votez pour les républicains nationaux qui veulent sauvegarder la paix. »


Sur le socialisme :

« Ce qu’ils voyaient surtout dans le socialisme, c’était une tendance révolutionnaire, destructrice de l’ordre et des traditions établies. Et, sans toujours se l’avouer à eux-mêmes ils se rendaient compte que les Juifs, étrangers partout, ont pour s’imposer moralement, intellectuellement et socialement besoin de détruire. Mais le socialisme ainsi compris restait forcément sur le plan pratique assez confus, d’autant plus confus qu’au même moment un certain nombre de jeunes, de souche purement française, mais avides de positions neuves et d’effets spectaculaires pour se pousser dans la politique, un Anatole de Monzie, un Emile Buré par exemple, je l’ai dit plus haut, jouaient aussi parfois du mot socialisme. »


Sur le conseil de régence de la Banque et la réforme de Blum sur le statut de la Banque de France :

« Le conseil de régence de la Banque était composé de quinze financiers élus entre eux par les deux cents plus gros actionnaires qui régnaient seuls, sans avoir de comptes à rendre à la masse des autres actionnaires.

[…]

« Pour donner à l’opération une apparence démocratique, les actionnaires de la Banque seraient à l’avenir convoqués une fois par an en assemblée générale avec pour chacun un égal droit de vote. Mais comme ces actionnaires étaient quelque quarante mille, dispersés à travers le pays, avec souvent un très petit nombre de titres chacun, et une quasi-impossibilité d’assister personnellement aux séances, l’influence de l’immense majorité d’entre eux devait inévitablement être à peu près nulle ; d’autant mieux qu’à eux tous ils allaient élire seulement deux sur vingt membres du nouveau conseil dirigeant. (Et comme par hasard il se trouva que l’un des deux premiers représentants des actionnaires au conseil fut Jacques Lemaigre-Dubreuil, gendre du chef de l’importante famille des huiles Lesieur).

[…]

« Bref, avec une étonnante inconscience, sous couleur d’arracher la domination de la Banque aux maîtres du haut capitalisme, la réforme de Blum livrait plus que jamais la Banque à l’état-major des primés de grands concours qui, recrutés au départ par des jurys dépendant du gros capital, étaient destinés, après deux catégories de stage, l’un dans les services d’Etat dépendant plus ou moins directement du ministère des Finances, l’autre dans les hauts cadres de la Banque, à finir leur carrière dans les hauts conseils d’administration de ce grand capitalisme que le socialisme Front populaire se proposait en principe de brider, et dont, en fait, il ne compromettait nullement les privilèges essentiels. »


Sur Marcel Bloch ou Marcel Dassault :

« A la Libération, revenu d’Allemagne, en un moment où la Résistance gaulliste entrait en scène en ramenant avec elle beaucoup de victimes de l’antisémitisme, Marcel Bloch, appuyé sur les richesses d’avant-guerre qu’il avait pu, grâce à la bonne volonté de Vichy, mettre à l’abri, redevenait brusquement une sorte de puissance. Changeant son état civil, devenant d’abord Marcel Bloch-Dassault, puis Marcel Dassault, il a depuis bientôt vingt ans cumulé sous la Quatrième puis sous la Cinquième République les honneurs politiques ; et par l’intermédiaire de ses usines d’aviation reconstituées il est devenu un des maîtres de notre haut capitalisme ».


Nouvelle dévaluation du franc par Léon Blum :

« Pour essayer de justifier et de faire accepter son reniement Blum avait annoncé, dans une déclaration à la presse, que l’initiative de l’opération ne venait pas de lui seul, qu’il avait simplement conclu avec l’Angleterre et les Etats-Unis un accord destiné à établir entre les trois monnaies (livre, dollar et franc) une politique commune et durable de stabilisation des changes, qui comporterait pour tous l’avantage de rendre les exportations plus faciles, et constituerait « un véritable traité de paix financière entre les trois Etats ».

[…]

« En réalité par la suite, dans un volume intitulé Le Front populaire, grande espérance, publié par lui en 1971, le même Jules Moch avait dû reconnaître que si, le 25 septembre, avait bien été signée une déclaration conjointe des trois gouvernements de Paris, de Londres et de Washington, cette déclaration s’était réduite aux formules suivantes. Tandis que le gouvernement français avait décidé de « proposer à son Parlement l’ajustement de sa devise, dans l’intentions de contribuer à assurer un équilibre durable entre les diverses économiques, les gouvernements de Londres et de Washington se contentaient d’assurer qu’ils étaient disposés à tout faire pour éviter qu’aucun trouble e soit apporté du fait d’une action monétaire américaine ou britannique au nouvel équilibre que la France voulait atteindre pour l’ajustement de sa devise. »

[…]

« A elles seules les dévaluations, je l’ai déjà montré et remontré, ne peuvent être, dans la plupart des cas, sauf pour de très grands ensembles financiers, telle la communauté britannique, que des remèdes de brève efficacité. Elles apportent au pays dévaluateur le moyen d’exporter pendant quelques temps à meilleur compte ; puisque tant que les prix intérieurs et le taux des salaires n’ont pas changé, les bénéfices des ventes à l’étranger, une fois rapatriés à l’intérieur et transformés en monnaie dévaluée apparaîtront plus considérables. Mais, aussitôt après, le paiement des matières premières importées de l’étranger nécessitera des décaissements plus considérables de la monnaie évaluée. Et le bénéfice tout provisoire n’aura profité qu’à quelques gros exportateurs ; cependant que la masse des épargnants, des rentiers en particulier, victimes de la confiance faite par eux à l’Etat, quand ils lui avaient confié leurs réserves, seront dépouillés de façon aussi injuste que définitive. »


Sur les « 200 Familles » :

« C’était Daladier qui, au congrès radical de 1934, avait lancé le premier la formule des « 200 familles » pour amorcer le Front Populaire. »

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