Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 4 – Emmanuel Beau de Loménie

Publié le


Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 4 - Emmanuel Beau de Loménie

Titre : Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 4 : Du Cartel à Hitler (1924-1933)

Auteur : Emmanuel Beau de Loménie

Date de sortie : 1963 (1ère édition)

Résumé / Quatrième de couverture :

« Le 30 janvier 1933, le ministère de Hitler était constitué.
Hitler, avec l’approbation résignée de Hindenburg, était devenu chancelier.
Seulement, aussitôt après, appuyé par les manifestations multipliées et bruyantes de ses troupes en chemise brune , il s’était fait accorder par Hindenburg le droit de prendre « toutes mesures utiles au bien du peuple et de l’État ».
Il avait dissous le Reichstag et décidé pour le 5 mars des élections qui devaient lui fournir une assemblée docile, et qu’il préparait par toutes sortes d’épurations, en annonçant sa volonté d’assurer le relèvement du pays par un effort qui libérerait l’Allemagne des entraves dont elle avait été victime , et qui lui permettrait de retrouver sa grandeur et sa prospérité en brisant les chaînes du traité de Versailles.
Cette date du 30 janvier, avec les contrastes qu’elle nous présente entre la situation qui était, ce jour-là, celle de Berlin et celle de Paris, mérite de garder pour l’histoire un caractère éminemment symbolique.
Si Hitler s’était senti, ce jour-là, assez fort pour sauter le pas, c’est dans une grande mesure qu’il voyait la France en pleine crise, sans gouvernement et sans directives.
Et si la France en était là, c’est avant tout parce que, depuis notre pénible victoire de 1918, les maîtres de l’argent, de la finance et des grandes affaires, parmi lesquels avaient figuré, pendant les hostilités, tant de profiteurs, avaient été dominés par la plus égoïste et la plus coupable des préoccupations. Ils s’étaient refusés méthodiquement à participer comme il aurait été juste aux sacrifices nécessaires. Ils avaient , pour sauver leurs abusifs avantages, mené, par l’intermédiaire des technocrates à courte vue dont ils faisaient leurs serviteurs, une politique économique aveugle, qui, en ruinant et en affolant notre classe moyenne, avait préparé la voie aux abandons d’où devaient sortir pour le monde les désastres de la seconde guerre mondiale, suivie pour la France par la perte de notre empire colonial.
 »

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

Cette série de 5 volumes publiés sur 30 années, de 1943 à 1973, constitue la plus formidable et la plus passionnante critique de l’Histoire contemporaine de la France. Événement exceptionnel : Le Monde avait consacré une article de première page lors de la réédition en 1978 de ce livre non-conformiste. Mine inépuisable pour le chercheur, plus souvent pillée que citée, elle est d’abord l’œuvre d’un grand intellectuel et d’un patriote lucide qui cherche à démêler les causes de l’effondrement de son pays en 1940. Loin d’incriminer les nuisances bien connues et les conspirations fantasmagoriques, il souligne la place constante de ceux qu’il appelle « les grands habiles », politiciens de centre gauche, constamment au service du Gros Argent monopoliste. Car la source illégitime et immorale de la fortune des dynasties bourgeoises ne réside pas dans l’entreprise : elle remonte aux accaparements opérés, à l’époque de la révolution française, par les acquéreurs de biens nationaux.

Tome IV : Du Cartel à Hitler (1924-1933). Dans l’absurde déchaînement démagogique du Cartel des gauches, les dirigeants français ne voient pas le monde se transformer. La Victoire de 1918 s’éloigne. Les opportunités qu’offrent les possessions d’Outremer sont gâchées. Le pays est ruiné. Ses dirigeants pataugent dans l’illusion pacifiste.

Fiche de lecture de « Lectures Françaises » (août-septembre 1963) :

« M. Emmanuel Beau de Loménie s’est fait, depuis vingt ans, l’historien de la grande bourgeoisie française. Dans les premiers volumes de ses « Dynasties bourgeoises », il nous avait montré comment cette bourgeoisie d’affaires a su profiter des troubles de la Révolution, des changements de régime et d’opportuns ralliements pour s’installer aux postes-clés de notre économie et exercer sur l’Etat une trop grande influence. Le IVe tome de cette œuvre considérable embrasse la période qui va de 1924 à 1933, c’est-à-dire de la victoire du Cartel, en France, à celle de Hitler, en Allemagne. C’est l’époque des grandes folies financières, des scandales politiques de toutes sortes, des inquiétantes entreprises diplomatiques, favorisés par l’égoïsme d’une classe sociale qui ne voulait rien abandonner de ses prérogatives. Ces grands profiteurs, à l’heure où la France, saignée à blanc par une guerre de quatre ans, avait besoin de tous ses enfants, « ne voulaient rien sacrifier de leurs profits abusifs », allant même jusqu’à se vanter de pouvoir « opposer le brillant comportement de leurs entreprises à la situation de plus en plus difficile des finances publiques ». L’inflation était, pour ces grands bourgeois, un mal nécessaire qui avait l’avantage de faire supporter aux petites gens, aux rentiers, aux entreprises familiales, aux travailleurs des villes et des champs, les conséquences financières d’un trop long conflit. Dans ces 560 pages grand format, M. Beau de Loménie nous montre ces grands personnages manœuvrant les politiciens de droite et de gauche et achevant, sous la IIIe République, l’œuvre si bien commencée sous la 1re. »

Extraits :

« Ayant déjà auparavant longuement étudié l’histoire de notre XIXème siècle, j’avais été frappé de constater l’influence malsaine et déprimante exercée sur la vie publique française, pendant une suite déjà longue de générations, par un certain groupe d’hommes et de familles, venus le plus souvent de la basoche, qui, arrivées politiquement au premier plan dans les remous de la Révolution de 1789, avaient par la suite, pour protéger leurs avantages, passé de régime en régime, de révolution en révolution, en s’appliquant, à coup de reniements, à consolider leurs premiers accaparements politiques par des accaparements d’ordre économique et financier et en s’assurant une clientèle dans les cadres administratifs et industriels. »


A propos de la Banque de France – pour remplir les caisses de l’Etat qui pouvaient se trouver sans liquidités suffisantes pour le paiement des dépenses urgentes, en attendant les prochaines rentrées d’impôts ou d’emprunts :

« Il devait être commode, dans les cas urgents, de pouvoir, en plus des emprunts émis par le public, disposer d’une sorte d’emprunt forcé exigé, sans publicité, de la Banque de France.

A cet effet, une double procédure avait été fixée. En cas de besoin, la Banque de France devrait être tenue de faire, sur ses propres fonds, des avances aux caisses publiques. Elle pourrait aussi tirer et mettre en circulation une certaine quantité de billets de banque nouveaux. Mais, afin d’éviter les tentations de facilités abusives, susceptibles de mener à une inflation sans contrôle, l’accord du 29 décembre 1920 avait précisé deux dispositions. 1° De toute façon, les avances de la Banque à l’Etat ne devraient jamais dépasser le chiffre (on disait le plafond) de 22 milliards. 2° Le total des billets de banque en circulation ne devrait jamais dépasser le plafond de de 41 milliards. Et, avait-on précisé en outre, les bilans publiés par la Banque chaque semaine devaient indiquer chaque fois la courbe des deux comptes par rapport aux deux plafonds. »


A propos de la démission d’un cabinet mis en minorité au Sénat :

« Seulement, dans l’histoire constitutionnelle du régime, jamais encore, n’avait été fixée avec précision la question de savoir si un cabinet, mis en minorité au Sénat, mais disposant d’une majorité à la Chambre, devait obligatoirement démissionner. Deux fois seulement, jusque-là, le problème s’était posé ; en 1896, d’abord, avec le premier cabinet radical de Léon Bourgeois, en 1913, ensuite, avec un des premiers cabinets de Briand. Et, en chacune de ces deux occasions, les droits du Sénat avaient été contestés. En 1913, en particulier, Poincaré, alors président de la République, avait été un des plus fermes à soutenir la prééminence de la Chambre. »


Sur Caillaux :

« Nourri du respect que les bons élèves à diplôme gardent volontiers pour la valeur des maîtres qui ont eu le mérite de les distinguer, Caillaux n’avait jamais guère dépassé la formation de l’inspecteur des finances, dressé à surveiller les minutieux détails des formalités de perception des impôts, mais parfaitement insoucieux des problèmes de structure économique, et, tout au plus, dans un  pareil domaine, nourri des hypocrites lieux communs de manuel dispensés par les théoriciens de la soi-disant économie libérale au service des premiers grands profiteurs du XIXème siècle. Il n’avait jamais eu la moindre idée du mécanisme d’économie accaparée sous le couvert duquel s’étaient élevées, aux dépens de la santé du pays, avant et surtout depuis la guerre, tant de fortunes abusivement démesurées. »


Sur l’exportation des capitaux hors de France :

« Mieux encore, sur un  plan un peu différent : on ne se contentait pas de se féliciter des profits que la dévaluation rapportait à l’industrie. On se vantait aussi de plus en plus ouvertement d’encourager l’exportation des capitaux hors de France.

Depuis les lendemains de la victoire, nous l’avons vu, les principales de nos banques d’affaires, beaucoup plus soucieuses de grossir leurs positions personnelles que de s’intéresser à aucun plan de mise en valeur des ressources nationales, avaient placé des fonds un peu partout, dans les régions surtout où, comme en Europe centrale, grâce à l’effondrement des monnaies provoqué par la défaite austro-allemande, ou en Extrême-Orient, grâce aux facilités nées du double effondrement de la Russie impériale et de l’ancienne Chine, l’acquisition de biens immenses pouvait être faite par elles à bon compte. »


A propos de la dévaluation du franc :

« Notre dévaluation allait être socialement et économiquement malsaine. Car elle entraînerait l’appauvrissement de notre basse classe moyenne au profit d’une étroite oligarchie d’affairistes, dont les moyens se trouvaient brusquement accrus d’une façon démesurée. Et le déséquilibre se trouvait doublement malfaisant.

Déjà, avant la guerre, notre vieille bourgeoisie avait été peu à peu sclérosée par la politique financière qui, pour la commodité des premières équipes de grands pourvus, afin de barer la route à d’éventuels concurrents, avait dérivé vers des emprunts d’Etats étrangers une trop grande partie des épargnes en compromettant par là notre développement démographique, et la raisonnable mise en valeur de nos ressources nationales métropolitaines et coloniales. »

« Pendant les dix mois au cours desquels, entre juin 1924 et avril 1925, le cabinet Herriot, le seul cabinet véritablement cartelliste de la législature, avait gouverné, le cours de la livre n’avait monté que de quelques points, entre 85 et 92. Pendant les onze mois qui avaient suivi, entre avril 1925 et mars 1926, et au cours desquels par étapes les anticartellistes avaient repris peu à peu les principaux leviers de commande, le change s’était mis à monter beaucoup plus rapidement. Le franc avait perdu plus de quarante points par rapport à la livre. L’entêtement des pourvus à refuser tout sacrifice n’avait cessé de se manifester de plus en plus agressivement. »

« Mais Edouard de Rothschild était intervenu. Et, nous assure Philippe, il s’était montré plus intraitable qu’aucun autre, plus décidé à refuser pour la Banque ni pour aucun possédait aucun sacrifice. Selon lui il ne fallait à aucun prix toucher à l’or de la Banque. Il ne fallait pas d’avantage recourir à aucun impôt. Il fallait seulement appeler au plus vite un autre gouvernement, il ne disait  pas lequel, qui rétablirait la confiance.

Si j’ai cité longuement cette anecdote, c’est qu’elle me paraît caractéristique. Depuis plusieurs générations, dans le monde parlementaire et administratif, tout le monde connaissait l’influence qu’exerçaient les Rothschild, par leur banque, par le siège en quelque sorte héréditaire qu’ils occupaient au conseil de régence de la Banque de France, et par toutes affaires industrielles qu’ils contrôlaient soit directement, soit au moyen de divers prête-noms. Mais, de cette influence, depuis la mort de Drumont presque personne ne parlait jamais ni dans la presse ni au parlement. C’est seulement pour la période qui m’occupe actuellement que Raymond Philippe et quelques autres donnèrent quelques indications un peu précises. »


Sur le comité des experts constitué par Caillaux en 1925 pour « recourir pendant quatre mois à des décrets lois qui lui permettaient de prendre sans contrôle « toutes les mesures propres à assurer le redressement financier » :

« Tout l’effort de redressement aurait dû être dominé par le souci de l’équilibre à donner ou à rendre à la structure économique et sociale du pays. Ce qu’il eût fallu dénoncer avant tout dans la composition du comité des experts, et d’une façon plus générale, dans le programme de dévaluation qui, inspiré par eux, tendait à s’imposer, c’était la place follement imprudente donnée aux plus instables éléments de spéculation et d’affairisme, et à la clientèle des primés de grands concours.

Ce qu’il aurait fallu plus que jamais analyser, c’était le criminel aveuglement du système en vertu duquel, par le jeu de la dévaluation sans aucune reprise sur les profits abusifs, les plus solides éléments de la classe moyenne française étaient écrases, pour l’égoïste et malsain avantage d’une étroite oligarchie qui, moralement déséquilibrée par ses enrichissements excessifs, tendait à demi inconsciemment à perdre le sens des responsabilités nationales. »


Sur la loi du 7 août 1926 :

« Il s’agissait de fournir au gouvernement une arme qui lui permettrait de s’opposer efficacement à toute éventuelle reprise d’offensive étrangère contre notre monnaie ; et qui lui permettrait aussi de régler à son gré, au taux et dans les conditions qu’il jugerait convenable, la revalorisation du franc qu’il pouvait souhaiter.

A cet effet une loi serait votée, destinée essentiellement à changer les conditions d’achat d’or et de devises de la Banque de France. Jusque-là, malgré la dévalorisation de fait du franc, les parités légales anciennes avaient été officiellement maintenues. La Banque n’était autorisée à payer que vingt francs papier contre un loin d’or, cinq francs contre un dollar en or, etc. Et, bien évidemment, elle ne trouvait pas de vendeurs à ce prix. »

[…]

« 1° Autoriser, par une loi, la Banque à acheter l’or et les devises au cours du change et non plus au cours jusque-là légal du franc, c’était indirectement, sans l’avouer ni au pays ni au Parlement, donner un caractère légal à la dévaluation du franc, cette dévaluation que nos gouvernements successifs n’avaient cessé de jurer qu’ils n’accepteraient jamais ; cette dévaluation à laquelle Poincaré continuait d’affirmer qu’il ne se résignerait jamais pour ne pas dépouiller les souscripteurs d’emprunts.

2° Ce n’était pas seulement donner implicitement un caractère légal à la dévaluation. C’était en fait rendre à l’avenir toute éventuelle revalorisation du franc follement coûteuse pour la Banque, et par là pratiquement inapplicable. En effet, en cas de revalorisation du franc importante, la Banque se serait alors vue obligée de verser, en échange des billets émis par elle, et dont le remboursement lui aurait été demandé en or, une part proportionnellement de plus en plus considérable de son encaisse.

3°Le système imaginé par la loi du 7 août, qui obligerait la Banque à émettre sans cesse de nouveaux billets pour satisfaire aux offres d’or et de devises, allait entraîner une espèce d’inflation d’un genre nouveau, qui devrait se révéler bientôt fort gênante. »


Sur les besoins de la France :

« … il s’agissait avant tout d’adapter la France au rôle qui, normalement, pour le bien de la civilisation, devait lui revenir, dans un monde à tant de points de vue bouleversé. Et ce rôle était celui d’une nation, qui, malgré ses épreuves, malgré les erreurs de ses cadres, restait, grâce à sa victoire, grâce à l’héritage de vertus intellectuelles et morales qui avaient rendu cette victoire malgré tout possible, grâce aux richesses et à la stabilité qu’elle conservait quand tant d’autres nations avaient été saccagées par la guerre, capable mieux qu’aucune autre de servir de guide. »


Sur la colonisation :

« Certes, l’œuvre coloniale française, telle surtout qu’elle apparaissait alors en Afrique du Nord, avait conduit à de beaux et spectaculaires résultats. Non seulement l’occupation durable et sans trouble de la côte méridionale de la Méditerrannée par la France, succédant à la séculaire et misérable occupation des pillards barbaresques, était devenue un des plus sûrs garants de prospérité et de paix pour tous les pays riverains de la grande mer intérieure.

En Algérie même de vastes territoires avaient été arrachés au désert et ouverts à de belles cultures. La mise en exploitation de nombreux gisements miniers pouvait être aussi, pour l’ensemble, métropole et colonie, une source d’utiles richesses. Dans une proportion beaucoup plus considérable que sur aucun de nos autres territoires d’outre-mer des familles de colons venus de la métropole avaient trouvé sur le sol africain une existence le plus souvent assez large ; cependant que la population indigène bénéficiait, elle aussi, d’un accès à la culture, et surtout d’un régime de vie plus sain, dont son considérable accroissement fournissait le plus incontestable témoignage. »

[…]

« Trop souvent les entreprises industrielles et agricoles d’Afrique du Nord abusaient de leur situation dominante pour imposer à la main-d’œuvre indigène des salaires coupablement insuffisants. Même déjà on commençait, dans ces années d’après-guerre, à attirer dans la métropole, pour fournir économiquement des bras à notre industrie grandissante, ces équipes de plus en plus nombreuses de misérables indigènes d’Afrique du Nord qui, depuis, dans les bidonvilles de nos banlieues où ils ont été parqués, ont constitué les troupes les plus menaçantes de nos prochaines révolutions. »


Sur les banques et la finance :

« Dans un système politique sain, la finance, la banque ne doivent pas commander. Elles doivent demeurer au service du bien commun, sous le contrôle de ceux qui, sur le plan gouvernemental, parlementaire, administratif ou professionnel ont pour mission d’assurer un sain équilibre des activités économiques et de la structure sociale de la nation.

Le choix des investissements, des placements, des crédits et des subventions ne doit pas être laissé à la fantaisie des gens de finance, qui ne sont dans l’ensemble que des intermédiaires. Il doit être déterminé par l’utilité que pour le bien commun (c’est-à-dire pour le bien d’une nation que sa structure familiale et sociale aura rendue apte à remplir le rôle qui doit lui revenir dans l’équilibre sain d’un monde civilisé) ces investissements peuvent comporter. »


Sur la crise économique de 1930 :

« L’industrie et les banques, surchargées du poids follement excessif de leurs dépenses d’équipement et des emprunts de toutes sortes qu’elles avaient souscrits, se verront, ès la fin de l’année 1929, et, plus gravement encore en 1930 et en 1931, acculées à des cascades de faillites suivies de chômages grandissants. Elles seront incapables de tenir leurs engagements. D’où ruines des prêteurs. Ce sera une des causes, la première et la plus voyante, de la grande crise économique mondiale des années 1930. »


A propos de Maurice Sarraut :

« Il était le directeur d’un des principaux journaux de province, le plus grand organe du radicalisme, la Dépêche de Toulouse. Il occupait dans la maçonnerie un poste très élevé. Et il avait passé pour un intransigeant. […]

Il s’était accroché à la formule par laquelle, depuis si longtemps, pour mieux tromper le peuple, les grands habiles, couverts hypocritement d’une étiquette de gauche, s’étaient appliqués à faire croire que la droite c’était l’argent, que la gauche c’était le peuple, et que, de plus, l’anticléricalisme était la condition nécessaire de toute politique de réforme sociale. »


Le pacte Briand-Kellog, en 1928 :

« Briand alors avait imaginé et proposé une formule plus large et plus imprécise. Tous les Etats signeraient un pacte par lequel ils s’engageraient à ne plus jamais recourir à la guerre pour régler leurs éventuels différends. La Pologne (puisque c’était elle qui pour le moment se trouvait la plus menacée par d’éventuelles revendications allemandes) se trouverait ainsi indirectement protégée sans que l’Allemagne eût à prendre vis-à-vis d’elle aucun engagement particulier. »

Toutes les nations ont signées, au nom de leurs gouvernements respectifs, l’engagement de renoncer à la guerre : « En soi, c’est assez absurde. Car, pour rallier plus de monde, aucune sanction n’était prévue contre ceux qui ne tiendraient pas leur engagement. »

« La cérémonie officielle de signature qui se déroula l’après-midi du 27 août, au palais du Quai d’Orsay, dans le grand salon de l’Horloge, compléta le tragique burlesque de toute l’affaire.

Briand avait orchestré la mise en scène à sa propre gloire. Il présidait, avec à sa droite Stresemann, à sa gauche le secrétaire d’Etat américain, Kellog, et tout autour, en brillants uniformes diplomatiques, les ambassadeurs extraordinaires des Etats signataires ; cependant que, face à l’estrade, siégeaient Poincaré, les parlementaires, la presse et un parterre de femmes élégantes. »


Sur la finance et les Banques durant la crise et la façon dont elles s’enrichissent :

« La B.N.C. qui avait été fondée en 1913, et dirigée par André Vincent, est sur le point de s’écouler à cause d’un grave déficit en 1931. Le 26 février 1932, un curieux arrangement est trouvé avec Albert Buisson :

Une nouvelle société, dénommée Banque Nationale pour le Commerce et l’Industrie, ou B.N.C.I., était constituée, au capitale de 100 millions, avec des capitaux fournis par quelques grosses sociétés, la banque Hottinguer, la banque Adam, diverses sociétés d’assurance, la maison Bréguet, les produits chimiques Rhône-Poulenc, etc. laquelle, en échange des apports en somme modestes des nouveaux souscripteurs, héritait des immeubles, des installations, de la clientèle de l’ancienne société.

Mais la nouvelle société devait aussi, en droit, hériter du passif de la société ancienne, passif qui s’élevait à quelque deux milliards. Elle devait aussi avoir la charge d’indemniser les anciens actionnaires.

Or, à ce double effet, était imaginée une combinaison très avantageuse pour la nouvelle société. L’Etat prenait, pour l’immédiat, à sa charge les deux milliards de passif, lesquels devaient lui être éventuellement remboursés par la suite, si la nouvelle société faisait des superbénéfices, une fois payées les charges courantes, les dividendes des nouvelles actions et les tantièmes des administrateurs. Quant aux anciens actionnaires dont les titres étaient au nombre de 63.750, ils recevaient en même nombre des parts, dites bénéficiaires, mais qui ne seraient admises à rien toucher avant l’extinction totale du passif.

Bref, jusqu’à une date incertaine, et, de toutes façons, fort lointaine, les anciens actionnaires étaient spoliés. L’Etat, lui, c’est-à-dire l’ensemble des contribuables, versait immédiatement une somme de deux milliards, dont le remboursement restait infiniment aléatoire. Et le petit groupe des nouveaux souscripteurs héritait, pour une dépense minime, des biens considérables.

Ce fut peut-être la plus belle et la plus symbolique des opérations nées de la crise, et en vertu desquelles, aux dépends des anciens actionnaires d’une part, aux dépends de l’ensemble des contribuables de l’autre, se consolidait la concentration des fortunes des oligarchies profiteuses. »


Le moratoire de Hoover (20 juin 1931) :

« Après quelques jours de négociations, d’échanges de coups de téléphone entre les chefs de gouvernements, le 20 juin le président des Etats-Unis, Hoover, publiait une offre de moratoire de toutes les dettes de guerre, à laquelle il demandait à tous les gouvernements de s’associer. De tous ces gouvernements, c’était le gouvernement français pour qui l’acceptation du moratoire devait être le plus pénible. Car c’était à la France que revenait, sur les paiements allemands, la part la plus forte. […]

Seulement le moratoire Hoover comportait, au point de vue symbolique, un inconvénient grave. A La Haye, la France avait accepté l’évacuation anticipée de la Rhénanie et une réduction importante de sa créance, en échange d’une promesse de paiement qu’on lui avait dite, cette fois, définitive et solidement garantie. Or, à peine plus d’un an après l’évacuation anticipée, plus rien déjà de ce qui nous avait été promis ne tenait. Ce n’était pas fait pour arranger les relations franco-allemandes ; d’autant moins que, par ailleurs, le moratoire ne sauvait nullement la situation financière allemande, ni même celle de l’Angleterre. »

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