Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 3 – Emmanuel Beau de Loménie

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Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 3 - Emmanuel Beau de Loménie

Titre : Les responsabilités des dynasties bourgeoises, tome 3 : Sous la Troisième République; La guerre et l’immédiat après-guerre (1914-1924)

Auteur : Emmanuel Beau de Loménie

Date de sortie : 1954 (1ère édition)

Résumé / Quatrième de couverture :

Dans quelles conditions politiques et financières la victoire de 1919 a-t-elle été acquise ?
Par quelle sorte d’aveuglement, nos politiciens ont-ils fait des clauses du traité de Versailles les germes d’un nouveau désastre ?
Pourquoi ceux que, dès ses volumes précédents, Emmanuel Beau de Loménie désigne pour « les grands habiles », ont-ils inventé le slogan funeste – « l’Allemagne paiera », – sachant pourtant combien il était irréaliste ?
Comment les épargnants français ayant fait confiance à l’État ont-ils été grugés et spoliés ?
Pourquoi le Bloc national, vainqueur des élections de 1919, a-t-il été liquidé ?
Comment le Cartel des gauches a-t-il été conduit au pouvoir en 1924 ?
Ce volume répond à toutes ces questions, et à quelques autres.
Ces questions ne sont pas lointaines. Elles constituent une véritable leçon de choses permettant de comprendre la France actuelle.
Dans ses deux premiers volumes, consacrés aux « Responsabilités des Dynasties Bourgeoises », il observe, selon la démarche classique de l’historien, à partir des archives, l’installation au pouvoir de ces héritiers de Thermidor, acquéreurs de biens nationaux, profiteurs de la Révolution. Il les observe depuis le coup d’État de Brumaire (1799) jusqu’à l’arrivée de Poincaré et l’entrée en guerre en 1914.
À partir de 1914, sans rien perdre de sa rigueur d’historien, le combattant qu’il fut y ajoute le regard du témoin. Sans doute n’est-il pas exempt de parti pris. Mais ce parti pris, quelque peu original à notre époque, est celui de la France.

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

Cette série de 5 volumes publiés sur 30 années, de 1943 à 1973, constitue la plus formidable et la plus passionnante critique de l’Histoire contemporaine de la France. Événement exceptionnel : Le Monde avait consacré une article de première page lors de la réédition en 1978 de ce livre non-conformiste. Mine inépuisable pour le chercheur, plus souvent pillée que citée, elle est d’abord l’œuvre d’un grand intellectuel et d’un patriote lucide qui cherche à démêler les causes de l’effondrement de son pays en 1940. Loin d’incriminer les nuisances bien connues et les conspirations fantasmagoriques, il souligne la place constante de ceux qu’il appelle « les grands habiles », politiciens de centre gauche, constamment au service du Gros Argent monopoliste. Car la source illégitime et immorale de la fortune des dynasties bourgeoises ne réside pas dans l’entreprise : elle remonte aux accaparements opérés, à l’époque de la révolution française, par les acquéreurs de biens nationaux.

Tome III : La Guerre et l’immédiat après guerre (1914-1924). Les profiteurs du conflit refusent une fois de plus de consentir les sacrifices qui eussent été nécessaires au relèvement du pays. Ils imposent le mot d’ordre absurde, et finalement désastreux, de « l’Allemagne paiera ». Un épouvantable gâchis.

Extraits :

« [Au sujet de François de Wendel, un des hommes les plus puissants de France en son temps] Après la cessation des hostilités, en février 1919, un débat parlementaire suscité par les députés Barthe et Fernand Engerand, révéla, au sujet du rôle du Comité des Forges pendant la guerre, une autre affaire, sur laquelle la lumière ne peut jamais être complètement faite, mais qui reste assez gênante pour lui. Voici de quoi il s’agissait.
Si nos mines et nos aciéries de Lorraine occupée ne pouvaient plus fournir aux besoins de nos usines d’armement, les Allemands, eux, s’étaient hâtés de les exploiter pour leur compte. Or plusieurs de ces installations se trouvaient très près du front, dans la région de Briey. Les interpellateurs soutinrent qu’elles auraient très bien pu être rendues inutilisables par des bombardements d’avion et de canon. Ils se proposèrent même de prouver que ces bombardements avaient été demandés à plusieurs reprises par divers généraux et par divers parlementaires, mais que, chaque fois, des ordres supérieurs étaient intervenus pour les interdire. En outre, les interpellateurs firent observer que si les de Wendel étaient français, si même le chef de la famille, François de Wendel, frère d’Humbert, directeur du bureau de Londres du Comité des Forges, était membre de notre Chambre des Députés, il avait, dans la partie de la Lorraine annexée par l’Allemagne en 1871, un cousin issu de germain, Charles de Wendel, maître des forges lui aussi, député au Reichstag allemand. Et puis, pendant la guerre, à la tête de celui des services parisiens du Comité des Forges, qui assurait la liaison avec le bureau de Londres, figurait un certain Goldberger, alors légalement citoyen suisse par naturalisation, mais par sa naissance fils d’un Allemand, industriel à Berlin ; et qui était resté en fonctions jusqu’au jour où, en septembre 1917, à la suite de diverses plaintes, le Comité des forges avait dû l’écarter.
Bref, non seulement nos aciéristes, par le monopole de distribution et de vente qu’ils s’étaient fait attribuer, s’étaient assurés de beaux profits ; ils avaient aussi joué sur les deux tableaux. Pour protéger, en vue de l’après-guerre, de quelque côté que tournât le vent, leurs biens et leurs capitaux, ils avaient, par leurs influences, veillé à empêcher que leurs installations de zone occupée ne fussent atteintes par les bombardements. Ils avaient permis à l’Allemagne qui, en dehors des régions lorraines, manquerait de minerai sur son territoire, les moyens de fabriquer la plus grande partie des obus par lesquels nos soldats se faisaient tuer. »


« [Au sujet des liens entre la famille de Wendel et Robert Schumann] Leur famille comptait, nous l’avons dit, deux branches, dont l’une, avant la guerre, administrait les entreprises françaises, tandis que l’autre avait, en 1871, pris la nationalité allemande, pour pouvoir continuer à contrôler les usines et les mines de Lorraine annexée. Un des membres de la branche françaises, François, avait été élu au Palais-Bourbon, en 1914, comme député de Meurthe-et-Moselle, tandis que son cousin, Charles, siégeait au Reichstag allemand. Cette fois-ci, tandis que Français était à nouveau élu en Meurthe-et-Moselle, si le député du Reichstag s’effaçait, il avait un frère cadet, Guy, qui, lui, se présentait et était élu dans le département désannexé de la Moselle. Et la liste sur laquelle il avait figuré, et qui avait passé tout entière, était fort ingénieusement composée. Pour servir de couverture on avait fait appel au général de Maud’huy, une des illustrations de l’armée victorieuse, nommé après l’armistice, gouverneur militaire de Metz. On lui avait adjoint quelques modestes notabilités locales, un médecin, un abbé, un ingénieur agronome. Et puis enfin on avait fait appel à un avocat encore jeune, natif du département, mais qui, après avoir fait ses études en Allemagne, s’était installé à Metz, et avait, pendant la guerre, montré assez de loyalisme aux Allemands pour être affecté par eux, à titre de mobilisation, dans les services de la préfecture de Strasbourg. Cet avocat, qui avait ainsi, maintenant, pas mal de choses à faire oublier, et qui s’appelait Robert Schuman, s’était trouvé dédouané aux yeux de ses concitoyens par le prestige de son colistier, de Maud’huy. Il allait commencer une carrière parlementaire qui devait se poursuivre, sans interruption, et fort discrètement d’abord, pendant de longues années, jusqu’au jour où, sans que le public se soit jamais rendu compte du mécanisme de l’opération, après la seconde guerre mondiale, il devint l’une des vedettes gouvernementales de la Quatrième République. Or cette longue stabilité, cette brillante et tardive réussite ont eu, on le sait aujourd’hui, une raison dominante : il n’a cessé de veiller au parlement sur les intérêts de ses premiers patrons Wendel. »


Pour payer les dépenses de la guerre 14-18 :

« Pour le paiement des matières premières achetées à l’étranger en vue des fabrications militaires, il fallait des devises, des moyens de change. On recourait dans des proportions qui ne purent du reste jamais être qu’assez limitées, à des emprunts à l’Angleterre, puis plus tard à l’Amérique. Surtout on faisait appel au patriotisme de l’immense masse des petits épargnants pour leur demander de confier au Trésor leurs réserves d’or, en échange de billets de banque, qui leur étaient remis accompagnés d’un certificat de civisme. »


A propos du « dérivatif de la réforme scolaire » (1922) :

« Car un programme d’enseignement n’est qu’un cadre. La personnalité et la tournure d’esprit générale de ceux qui l’appliquent importent au moins autant.

Or, nous le savons, une des plus regrettables conséquences de notre régime de laïcité universitaire d’Etat, telle qu’elle s’était établie et développée depuis les débuts de la Troisième République, avait été de détourner les jeunes gens issus de famille à tradition conservatrice, de chercher à faire carrière dans l’Université. »


A propos du national-socialisme, en 1919 :

« L’exemple le plus net est celui du mouvement, encore embryonnaire, lancé depuis peu sous le nom du mouvement national-socialiste, dont la personnalité la plus connue était alors le maréchal Ludendorff, mais dont le principal animateur était le bohème encore à peu près inconnu qui portait le nom d’Hitler. Le 8 novembre, à Munich, dans la brasserie de Burgerbrau, au cours d’une manifestation dont l’anniversaire devait par la suite être célébré comme la première grande date historique du nazisme, Hitler et Ludendorff avaient proclamé la déchéance du gouvernement de Berlin, et l’instauration d’un nouveau gouvernement national, dont ils se proclamaient les chefs. »

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