La démocratie religieuse – Charles Maurras

Publié le Mis à jour le


Titre : La démocratie religieuse : Le dilemme de Marc Sangnier, La politique religieuse, L’Action Française et la religion catholique

Auteur : Charles Maurras

Date de sortie : 1921 (réédité en 1978)

Résumé / Quatrième de couverture :

Voici un livre capital et d’actualité à l’heure où un nouveau pontificat affronte les questions que pose à l’Église la crise actuelle des intelligences.
Dès le début du XXe siècle, Charles Maurras, pourtant « catholique du porche », mais dont l’âme restait déchirée de ne pas encore comprendre que le catholicisme est le vrai, savait en tout cas qu’il était le bien pour sa patrie comme pour toute la civilisation.
Aussi s’étonnait-il, et plus encore souffrait-il, de voir la démocratie – ce principe de rébellion contre tout ordre naturel et surnaturel – professée par des intellectuels catholiques allant jusqu’à voir en elle l’avenir du christianisme et à exalter les droits de la conscience individuelle.
Cette démocratie religieuse lui apparut tout de suite comme la transcription politique d’une erreur religieuse.

S’abstenant d’empiéter dans le domaine religieux, il résolut de dénoncer ce péché de l’intelligence dont les conséquences pour la cité politique pouvaient être désastreuses.
D’où les trois livres écrits entre 1906 et 1913 et qu’il devait rassembler en 1921 sous le titre La Démocratie religieuse.
Le dilemme de Marc Sangnier (1906), La politique religieuse (1912), L’Action française et la religion catholique (1913), montrent que le devoir des Français conscients de leur formation est de défendre l’Église contre la république, car celle-ci ne peut que répandre les idées et les comportements les plus hostiles au catholicisme traditionnel et à l’autorité du pape.

Un siècle plus tard, nous mesurons la justesse des prévisions maurrassiennes : un moment contenu grâce à saint Pie X, le venin s’est infiltré dans l’Église à la faveur de la « condamnation » de l’Action française en 1926, puis des débats suscités dans les années 60 autour du concile Vatican II. (Michel Fromentoux)

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

« Un livre qui explique, en grande partie, les malheurs de l’Église et qui permet de comprendre pourquoi la crise va durer jusqu’à ce que les vieilles erreurs soient condamnées. »

« Dans l’Eglise postconciliaire, la démocratie chrétienne inocule aujourd’hui les mêmes nouveautés, les mêmes vieilleries qui étaient déjà inscrites, souvent en propres termes, il y a plus d’un siècle, dans le Syllabus, au titre d’erreurs condamnables. » (Jean Madiran)

Fiche de lecture de la Revue des cercles d’études d’Angers (1978) :

« L’ouvrage que les Nouvelles Editions Latines rééditent est la reproduction exacte d’une édition que Maurras en 1921 avait déclarée « définitive » et qui regroupait, avec quelques modifications, trois livres précédemment publiés : LE DILEMME DE MARC SANGNIER, précédant de quelques années la condamnation du Sillon par saint Pie X ; LA POLITIQUE RELIGIEUSE, dont l’auteur avait retranché ce qui lui paraissait trop polémique ; et enfin L’ACTION FRANCAISE ET LA RELIGION CATHOLIQUE, qui se terminait par la belle requête à Pie X. On y voit donc rassemblées les idées du fondateur de l’Action française sur la religion catholique considérée du point de vue de son action biensante dans le domaine politique. Quel est l’intérêt d’une telle réédition à notre époque étant donné que la compréhension de cet ouvrage suppose chez le lecteur des connaissances de la vie politique et religieuse du début de ce siècle, connaissances souvent ignorées même des milieux les plus cultivés. Pour remédier à cet inconvénient, Jacques Vier a rédiger de petites notices biographiques des principaux personnages cités et Jean Madiran, dans un Avis au lecteur, s’est efforcé d’éclairer ce que Maurras entendait par « démocratie religieuse ».

Charles Maurras a toujours combattu la démocratie, dont il donnait la définition suivante : « la démocratie est le gouvernement du nombre… un état égalitaire de la société dans lequel les différences de classe seraient inexistantes ou abolies ». Par « amour du peuple », Maurras exclut toute démocratie. Mais cette démocratie, en quel sens est-elle dite religieuse ? En effet, Maurras combattait sur le terrain politique et il laissait aux théologiens le soin de critiquer la démocratie sur le terrain religieux.Mais, ainsi que l’explique M. Madiran, Maurras s’attaque à la démocratie religieuse en tant qu’ « elle est la politique démocratique professée et pratiquée par des milieux intellectuels et sociaux qui sont religieux… La démocratie religieuse est la démocratie chez les catholiques », d’où la confrontation avec Marc Sangnier. On peut se demander pourquoi, avant même la condamnation du Sillon par l’église, Sangnier avait été fortement critiqué par Maurras qui s’en tenait au plan de la politique pure. C’est que Maurras, tout incroyant qu’il fût, pressentait qu’il se trouvait en présence d’un « phénomène politique résultant d’une erreur religieuse ».

Cette erreur nous est détaillée par le préfacier. Elle est triple, dit-il : « elle consiste en l’avènement de la démocratie universelle, non point par réflexion politique, mais par une sorte d’acte de foi… elle consiste secondement à imaginer avoir découvert… que tout à la fois le sens, l’essence et l’avenir temporel de la religion chrétienne résident dans la démocratie… elle consiste enfin à n’accepter aucune loi dont la conscience individuelle n’ait pas été, au moins en théorie, le législateur ». Ainsi Maurras, s’en tenant au plan purement politique, retrouve-t-il les critiques théologiques de la Lettre sur le Sillon

Nous ne pouvons dans cette brève recension résumer les trois ouvrages que Maurras avait groupés. Leur lecture est instructive, car elle fait bien comprendre ce qui séparait l’Action Française des démocrates chrétiens. Une certaine polémique n’excluait d’ailleurs pas la courtoisie chez le fondateur de l’Action Française, mais sa dialectique impitoyable devait lui attirer beaucoup d’ennemis, car personne n’aime être critiqué pour des failles de son raisonnement.

Des lecteurs pourront s’étonner des attaques violentes contre les protestants, les juifs, les francs-maçons. Il ne faut pas oublier que certains d’entre eux se posaient alors en adversaires résolus du catholicisme et Maurras, qui leur reprochait aussi les dangers qu’ils faisaient courir au pays par leur attitudes, voulait défendre les catholiques contre les attaques des « républicains », notamment lors de la Séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Ce livre intéressera particulièrement les lecteurs qui désirent mieux connaître le passé du régime intérieur français d’avant 1914, ainsi que les querelles qui séparaient les « sillonistes » et les catholiques antimodernistes. Il permettra de se faire une plus juste idée des origines lointaines des courants de pensée qui affectent encore le catholicisme français d’aujourd’hui. Souhaitons que cette réédition conduise les uns et les autres à une meilleure compréhension des choses et favorise, dans le respect de la Foi et de la Vérité, une réconciliation si nécessaire en ces temps de division. »

Fiche de lecture de Michel Fromentoux :

« Voici un livre capital et d’actualité à l’heure où un nouveau pontificat affronte les questions que pose à l’Église la crise actuelle des intelligences. Dès le début du XXe siècle, Charles Maurras, pourtant « catholique du porche », mais dont l’âme restait déchirée de ne pas encore comprendre que le catholicisme est le vrai, savait en tout cas qu’il était le bien pour sa patrie comme pour toute la civilisation. Aussi s’étonnait-il, et plus encore souffrait-il, de voir la démocratie – ce principe de rébellion contre tout ordre naturel et surnaturel – professée par des intellectuels catholiques allant jusqu’à voir en elle l’avenir du christianisme et à exalter les droits de la conscience individuelle. Cette démocratie religieuse lui apparut tout de suite comme la transcription politique d’une erreur religieuse.

S’abstenant d’empiéter dans le domaine religieux, il résolut de dénoncer ce péché de l’intelligence dont les conséquences pour la cité politique pouvaient être désastreuses. D’où les trois livres écrits entre 1906 et 1913 et qu’il devait rassembler en 1921 sous le titre La Démocratie religieuse. Le premier, Le dilemme de Marc Sangnier (1906), fera l’objet d’une étude à part dans notre prochain numéro, le deuxième, La politique religieuse (1912), et le troisième L’Action française et la religion catholique (1913), montrent que le devoir des Français conscients de leur formation est de défendre l’Église contre la république, car celle-ci ne peut que répandre les idées et les comportements les plus hostiles au catholicisme traditionnel et à l’autorité du pape. Un siècle plus tard, nous mesurons la justesse des prévisions maurrassiennes : un moment contenu grâce à saint Pie X, le venin s’est infiltré dans l’Église à la faveur de la « condamnation » de l’Action française en 1926, puis des débats suscités dans les années 60 autour du concile Vatican II.

L’Église de l’Ordre

Nous nous en tiendrons ici à l’introduction du premier livre, car, magnifique hommage « À l’Église romaine, à l’Église de l’Ordre », elle reflète toute l’admiration de Maurras pour l’Église, non seulement parce que celle-ci est utile à l’ordre dans la cité, mais, surtout, parce qu’étant l’Ordre même, elle est la force qui ordonne, qui oblige à une discipline des puissances de la raison et du cœur et qui apporte à l’intelligence des certitudes.

Citons : « Tout ce que pense l’homme reçoit, du jugement et du sentiment de l’Église, place proportionnelle au degré d’importance, d’utilité ou de bonté […] Rien au monde n’est comparable à ce corps de principes si généraux, de coutumes si souples, soumis à la même pensée, et tel enfin que ceux qui consentirent à l’admettre n’ont jamais pu se plaindre sérieusement d’avoir erré par ignorance et faute de savoir au juste ce qu’ils devaient. La conscience humaine, dont le plus grand malheur est peut-être l’incertitude, salue ici le temple des définitions du devoir. »

De tels bienfaits ont à jamais marqué un peuple. « Quiconque se prévaut de l’origine catholique en a gardé un corps ondoyé et trempé d’habitudes profondes qui sont symbolisées par l’action de l’encens, du sel ou du chrême sacrés mais qui déterminent des influences et des modifications radicales. De là est née cette sensibilité catholique, la plus étendue et la plus vibrante du monde moderne, parce qu’elle provient de l’idée d’un ordre imposé à tout. »

Un exemple : la prédication de l’amour. Aux antipodes de la « fraternité » révolutionnaire, l’Égli- se a « préservé la philanthropie de ses propres vertiges et défendu l’amour contre la logique de son excès. » D’où ces « nobles freins » qui n’altèrent pas le sentiment, mais font que de ce que « Dieu est Amour », l’on ne puisse pas déduire que « tout amour est Dieu » !

Il en est de même de l’individualisme : « En rappelant le membre à la notion du corps, la partie à l’idée et à l’observance du tout, les avis de l’Église éloignèrent l’individu de l’autel qu’un fol amour-propre lui proposait tout bas de s’édifier à lui-même […] La meilleure amie de chaque homme, la bienfaitrice commune du genre humain sans cesse inclinée sur les âmes pour les cultiver, les polir et les perfectionner, pouvait leur interdire de se choisir pour centre. » On est loin des Droits de l’Homme…

Quant aux droits des humbles, la charité et le réalisme catholiques ne les érigent pas en révolte. Leur sort est lié à celui des grands. « S’il y a des puissants féroces, [l’Église] les adoucit pour que le bien de la puissance qui est en eux donne tous ses fruits ; s’ils sont bons elle fortifie leur autorité en l’utilisant pour ses vues, loin d’en relâcher la précieuse consistance. » C’est ainsi qu’elle a civilisé les Francs…

Je suis Romain

Tant de qualités que l’Église tient de la sagesse avec laquelle elle a intégré les leçons de Rome. Et c’est alors la page sublime où Maurras dit son amour pour la Rome des consuls, des bâtisseurs, des empereurs et des papes : « Je suis Romain dès que j’abonde en mon être historique, intellectuel et moral. Je suis Romain parce que si je ne l’étais pas je n’aurais plus rien de français […] Je suis Romain par tout le positif de mon être […] Par ce trésor dont elle a reçu d’Athènes et transmis le dépôt à notre Paris, Rome signifie sans conteste la civilisation et l’humanité. Je suis Romain, je suis humain : deux propositions identiques. »

Bien sûr, toute immixtion de la démocratie dans ce corps si achevé de doctrine et de pratiques ne peut que l’altérer et en diminuer les possibilités de bienfaisance. Quand le croyant n’est pas catholique ou cesse de l’être pleinement, il « dissimule dans les replis inaccessibles du for intérieur un monde obscur et vague de pensées ou de volontés que la moindre ébullition, morale ou immorale, peut lui présenter aisément comme la voix, l’inspiration et l’opération de Dieu même. » Chacun peut alors se prétendre en ligne directe avec Dieu, avant de se mettre tout simplement à Sa place. Alors la société s’émiette, car « il faut définir les lois de la conscience pour poser la question des rapports de l’homme et de la société. » Là est bien le drame de la France quand l’épiscopat croit trop souvent devoir adopter un profil bas face à un État de plus en plus laïciste.

Toutefois l’Église, « arche de salut des sociétés », disait encore Maurras, a les paroles de la vie éternelle. »

L’Action Française 2000 – 5 mai 2005

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