Sur la scène internationale – Paul Schmidt

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Titre : Sur la scène internationale – Ma figuration auprès de Hitler 1933-1945

Auteur : Paul Schmidt

Date de sortie : 1950 (réédité en 2014)

Résumé / Quatrième de couverture :

Traducteur d’Hitler et des principaux hiérarques nazis, Paul-Otto Schmidt raconte en témoin privilégié l’ascension et la chute du IIIe Reich, en particulier les principales réunions et rencontres diplomatiques qui émaillèrent son histoire.
Excellent observateur, volontiers sarcastique envers ces « fous » qui gouvernent l’Allemagne, le mémorialiste abonde en anecdotes savoureuses et portraits enlevés, à commencer par Hitler lui-même et sa Cour : Ribbentrop et ses vanités, Goering et ses enfantillages, Goebbels et Himmler. Mais aussi Mussolini, Ciano, Franco, Daladier (excellent récit de Munich), Pétain à Montoire, Laval, Molotov… et de nombreux autres.
« Paul Schmidt se révèle l’un des observateurs les plus lucides d’un régime sur lequel il n’existe finalement que peu de témoignages fiables et aucun d’aussi bien écrit », résume Jean-Paul Bled dans sa préface intitulée « Le Saint-Simon du IIIe Reich ». (Présentation de la réédition de 2014)

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

Extrait :

Paul Schmidt raconte le fameux entretien de Montoire entre Pétain et Hitler :

« En ce 24 octobre 1940, dans la nuit commençante, sous la lumière indécise des falots éclairants le quai de la petite gare, il était difficile, au premier regard, de distinguer le vainqueur du vaincu. Bien droit, malgré son grand âge, dans sa tenue toute simple, Pétain eut presque un geste souverain en tendant la main au dictateur, tout en le fixant d’un œil inquisiteur, glacial, pénétrant. […]
Les deux hommes se serrèrent silencieusement la main sans qu’un sourire vînt éclairer leur visage. En leurs personnes, la France et l’Allemagne semblaient s’affronter. Tous les assistants, y compris les sentinelles présentant les armes, sentirent passer le souffle de l’Histoire. […]
« Nous avons déjà gagné la guerre, dit Hitler en répétant ses propos de Hendaye. L’Angleterre est battue, il faudra bien, tôt ou tard qu’elle en convienne. » Puis il ajouta : « Il est évident que quelqu’un doit payer les frais de cette guerre perdue. Ce ne peut être que la France ou l’Angleterre. Si c’est cette dernière, la France pourra reprendre en Europe la place qui lui revient et conserver pleinement sa situation de puissance coloniale. » […]
Pétain observait toujours en silence mais à l’attention avec laquelle il écoutait ma traduction, je me rendais bien compte qu’il suivait les déclarations d’Hitler avec le plus vif intérêt, sous son apparence glaciale, presque absente. Laval, par contre, manifestait plus de nervosité, essayant de deviner les pensées des deux hommes.
« L’énergie avec laquelle la flotte française s’est défendue à Mers-el-Kébir, sans reculer devant de graves pertes en hommes et en matériel, a fortement impressionné l’Allemagne » prononça Hitler qui aborda alors le problème crucial : « La France continuera-t-elle à défendre son empire colonial contre toute attaque, comme à Dakar ? Est-elle prête à reconquérir les territoires passés à la dissidence du général de Gaulle ?
Pétain ne répondit pas. Hitler redemanda avec insistance ce que ferait la France si l’Angleterre l’attaquait à nouveau.
Le Maréchal déclara alors que son pays avait trop souffert, moralement et matériellement, pour se lancer dans un nouveau conflit.
Hitler en fut manifestement irrité. « Si la France ne veut pas se défendre elle-même et nourrit encore des sympathies pour les Anglais, s’écria-t-il d’un ton hostile, elle perdra son empire colonial à la fin de la guerre et se verra imposer ses conditions de paix aussi dures qu’à l’Angleterre.
– Jamais une paix de représailles n’a eu de valeur durable dans l’Histoire, répliqua le Maréchal d’un ton glacé. […]
Pétain écouta tout en silence. Pas une seule fois il n’eut un mot aimable pour Hitler ou pour l’Allemagne. Son attitude donnait une sorte de hauteur, paraissant peu de mise dans la situation où se trouvait la France en cet automne de 1940. […]
Je n’ai compris qu’après la guerre l’attitude que le maréchal Pétain avait eue à Montoire en apprenant que le jour même de cette entrevue fameuse, le professeur Rougier discutait en son nom avec Churchill, apportant à celui-ci l’assurance que la France n’entreprendrait jamais rien d’incompatible avec l’honneur contre son ancienne alliée. Aujourd’hui quand je compare le compte rendu de cet entretien de Londres, autrement plus concret, avec celui de Montoire, et en tenant compte des évènements ultérieurs, je suis enclin à conclure que le maréchal Pétain fut le vainqueur diplomatique de Montoire. […] J’eus alors l’impression et je l’ai toujours aujourd’hui, que la France n’avait aucune raison de se sentir humiliée par l’attitude que ses deux représentants eurent devant les vainqueurs, à Montoire, en ma présence. »

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