Louis XV – Jean-François Chiappe

Publié le


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Titre : Louis XV

Auteur : Jean-François Chiappe

Date de sortie : 1996

Résumé / Quatrième de couverture :

Roi de France à cinq ans, l’arrière-petit-fils de Louis XIV grandit sous la Régence de son oncle Phillipe d’Orléans, dont Jean-François Chiappe fait un brillant portrait. Devenu majeur à treize ans (1723), il attendra encore plusieurs années avant de prendre les affaires en main. Grand monarque, intimidant parce que intimidé, il reste simple en son intérieur, pharaonique dès qu’est en cause Sa Majesté. Homme de guerre, il la déteste. Bien-Aimé de ses peuples, il encourt la vindicte des coteries religieuses et politiques. Victime de ses sens, il n’en est pas prisonnier. Son pire ennemi : lui-même. Doté d’un savoir prodigieux et servi par une mémoire hors du commun, il a le savoir-faire mais pas le faire-savoir. Nemrod infatigable, il invente la bureaucratie, mais tempérée comme le clavecin. Tenant de l’absolutisme, il ne le confond point avec l’arbitraire. L’autorité en haut, les libertés en bas, il s’inscrit ainsi dans le droit fil de l’œuvre capétienne. Il pave les routes, jette des ponts, perce des canaux, multiplie par trois la vitesse en usage sous les règnes précédents. Sous son impulsion, la France change de visage. Il reconstruit Rennes, Bordeaux, Aix… Paris lui doit des églises et des palais. Roi des humbles, il se préoccupe d’améliorer l’agriculture, le sort des manouvriers, des six corps de commerçants. Il bannit les mauvaises pratiques des financiers et en termine avec la persécution des réformés. Une seule pensée le guide : l’amour de ses peuples. Louis XV leur donne la gratuité de la justice, l’égalité devant l’impôt. Et s’il perd une partie de notre premier empire colonial, il agrandit le royaume (la Lorraine et la Corse). Néanmoins, à la fin de sa vie et pendant plus d’un siècle, il devint le Mal-Aimé. Pourquoi ? La réponse apparaît simple. Il n’avait point assez défendu des Pères jésuites (et ils s’en souvenaient). Il s’était aliéné, par ses réformes, le Parlement, le clergé et les « esprits forts ». Enfin, en s’alliant à la maison d’Autriche, il avait heurté l’opinion dont la sympathie allait à la Prusse. Résultat : on n’évoquait plus que ses petites amours et ses deux incomparables favorites, la marquise de Pompadour et la comtesse Du Barry, en mettant en cause leur influence. Louis XV fut longtemps au purgatoire, mais l’étude objective de son œuvre lui vaut d’en être sorti.

Jean-François Chiappe, biographe des trois derniers Bourbons, a voulu savoir si leur grand-père porte une responsabilité dans le divorce de la France et de ses rois. Sa réponse est catégorique : c’est non.

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

Interview de Jean-François Chiappe dans « Enquête sur l’histoire » n° 17 :

L’un des rois de France les plus calomniés par les historiens du XIXe siècle, Louis XV, a suscité depuis lors divers travaux en réhabilitation. Dans une volumineuse et savante biographie, Jean-François Chiappe fait le point de ce règne controversé.

Enquête sur l’histoire : Adulé lors de son avènement, Louis XV se trouva par la suite en proie à la légende noire. Quelle est l’origine de cette incompréhension ?

Jean-François Chiappe : Louis XV, représentant de l’absolutisme et non de l’arbitraire devait être naturellement vilipendé par les tenants de la Révolution française. Comme il avait été contraint pour des raisons économiques et non idéologiques d’abandonner les jésuites, ceux-ci, lorsqu’ils reprirent l’enseignement en main, négligèrent de le défendre. Comme, d’autre part, le gallicanisme qu’il avait toujours combattu subsistait dans l’Université de la Restauration, il ne restait plus à des romanciers de l’histoire comme Quinet et surtout Michelet qu’à noircir le tableau. Le seul historien de cette époque favorable à Louis XV demeurant Anquetil.

– À contre-courant des interprétations d’un Lavisse et d’un Malet, Pierre Gaxotte, puis Paul del Perugia et Michel Antoine, présentèrent un autre visage du souverain. Chacun soulignant un aspect particulier du règne. Avez-vous procédé de façon analogue ?

– Avant Pierre Gaxotte, Albert, duc de Broglie avait « réhabilité » Louis XV quant à sa politique extérieure grâce à une étude approfondie et à des papiers de famille procédant du secret du roi. Pierre Gaxotte étudiant, lui, les Ponts et Chaussées s’est aperçu que cette administration dépendait des intendants, que les intendants dépendaient du Conseil et que le Conseil dépendait du roi. Et c’est en partant de cet élément sectoriel qu’il a pu reconstituer avec sérénité l’ensemble de la politique du roi. J’ai bien connu M. del Perugia, j’entretiens d’excellentes relations avec M. Michel Antoine. Le premier a ressuscité le Louis XV pathétique, déchiré entre sa foi ardente et son goût très prononcé pour les dames. Le second a consacré son existence entière à étudier Louis XV en tant qu’incarnation de l’État. D’où l’importance qu’il accorde à la structure des Conseils et à l’opposition parlementaire. J’ai nourri l’ambition, non point de suivre le prince pas à pas mais de démonter les rouages de sa politique sur tous les théâtres. Ainsi est-il fait justice de son prétendu abandon des Indes et du Canada qu’il mit tout en oeuvre pour conserver, comme il est rappelé deux de ses brillantes réussites : l’entrée progressive de la Lorraine dans le giron de la France par l’intermédiaire du duché-viager de Stanislas, et la très prudente prise en gages de la Corse dont il soulignait que c’était la cinquième fois que la France tendait à s’assurer ce territoire en proie à l’anarchie et risquant à chaque instant de tomber entre les mains des Anglais, voire des impériaux- c’eut été moins grave.

– Une rumeur voulut accréditer que le jeune prince n’aurait pas reçu de formation intellectuelle sérieuse, que son précepteur Fleury aurait fait preuve, en cela, de négligence…

-C’est inexact, et même si M. de Fleury fut parfois trop indulgent, Philippe d’Orléans, lui, et même le cardinal Dubois initièrent très tôt Louis XV à l’art politique.

– II reste, au passif du règne, l’intervention française dans la Guerre de succession d’Autriche, et le non moins fâcheux traité de Paris…

– L’intervention française dans la succession d’Autriche est due à la maladie austrophobe de l’opinion publique. Louis XV pouvait-il résister ? Peut-être si l’on songe qu’en dépit du charme et de la pugnacité du maréchal de Belle-Isle, chef des bellicistes, un génie de la stature de Montesquieu s’opposait à cette guerre. Si le traité de Paris fut assez mal accueilli chez nous, il le fut plus mal encore à Londres. En effet, si nous entérinions la perte du Dekkan, du Carnatic et de la Nouvelle France, nous sauvions les îles à sucre, principal élément de nos échanges extérieurs.

– Destiné à enrayer la sédition des parlements, le discours de la Flagellation n’est-il pas l’un des points culminants de l’art politique du souverain ? S’il n’avait été prononcé si tard, ce discours, favorable à la modernisation de l’État, n’aurait-il pas permis, par son application, de prévenir la Révolution ?

-Le discours de la Flagellation est le dernier avertissement donné aux frondeurs parlementaires. Les circonstances économiques – les chats fourrés tenant les cordons de la bourse – ne permettaient pas encore cette sédition latente. Elle viendra avec la réforme Maupeou diminuant le ressort des Cours supérieures et créant la gratuité de la justice. Cela étant, le discours de la Flagellation ne pouvait être prononcé plus tôt pour les raisons économiques citées plus haut. En outre, Louis XV, prince de tradition, eut préféré gouverner avec les parlements traditionnels que de se voir contraint, par un coup de majesté, d’en créer d’autres.

– Louis XV ne disposait-il dans son entourage d’aucun allié sûr, d’aucune instance compétente susceptibles de contrer dans l’opinion l’alliance paradoxale des jansénistes et des « philosophes » ?

-Louis XV étant plus scientifique que littéraire a peut-être perçu trop tard le danger. Il a néanmoins utilisé deux ambassadeurs de charme pour faire tenir tranquilles les philosophes, la marquise de Pompadour et la comtesse du Barry. Sauf par MM. Del Perugia et Jacques Levron, la compétence de Louis XV n’a pas été suffisamment mise en relief. Cependant, ladite compétence est à double tranchant. En effet, comme tous les grands hommes de guerre – militaire ou idéologique – Louis XV ne l’aime pas et ne la mène pas toujours de sa personne au bon moment. En revanche, le roi a souvent désigné d’excellents ministres. Longtemps les ducs de Choiseul et de Praslin ont dirigé un redressement très important. Quant au triumvir constitué par le duc d’Aiguillon, Maupeou et l’abbé Terray, il était, comme Louis XV, en avance sur le siècle.

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