Être (ou ne pas être) républicain – Frédéric Rouvillois

Publié le


Titre : Être (ou ne pas être) républicain

Auteur : Frédéric Rouvillois

Date de sortie : 2015

Résumé / Quatrième de couverture :

Tous républicains ! Débordés, Jean-Pierre Chevènement et Jean-Louis Debré ! A gauche, à droite, aux extrêmes, la surenchère bat son plein. Chaque jour ou presque, elle voit s’écharper Manuel Valls et François Fillon, Najat Vallaud-Belkacem et Nathalie Koscuisko-Morizet, Jean-Vincent Placé et Bruno Le Maire. Mais aussi Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Avec, au sommet, Nicolas Sarkozy qui entend rebaptiser l’UMP de cet alias pour en disputer le monopole indu qu’exerceraient, depuis l’Elysée, François Hollande et le PS.

Frédéric Rouvillois interroge ici, avec profondeur de vue et sans concession de ton, cette inflation. Il retrace l’envahissement progressif de ce vocable fourre-tout au gré des crises que marquent les ascensions conjointes de l’Europe et du Front national depuis les années 1980. Il détaille les diverses utilisations de ce mot culbutis, qu’il s’agisse des programmes des partis, des politiques des gouvernements, des définitions des institutions, tout au long de la Ve République.

Il montre l’indétermination de ce méli-mélo terminologique à travers les âges, sous les autres cieux et jusque dans notre propre histoire, avec l’idéalisation de la séquence radicale-socialiste sous la IIIe République. De quoi le recours effréné à ce couteau suisse multifonctions est-il le nom ? Sinon de l’impuissance générale à dire et penser la France ? Un pamphlet implacable au coeur de l’actualité politique la plus brûlante.

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

Fiche de lecture d’Aristide Leucate :

« Contribution majeure et salutaire à l’histoire des idées que ce magistral essai, tant il désenfle la majesté surfaite d’une allégorie à l’herméneutique boursouflée, essoufflée d’avoir trop servi et éreintée par des hagiographes souvent sectaires. L’auteur, brillant professeur de droit, se livre à une minutieuse et implacable phénoménologie de cette république dont il n’hésite pas à rabattre le caquet en la dépouillant d’une majuscule ô combien ! imméritée.

Notre talentueux universitaire se double d’un pédagogue hors pair. À lire le sommaire, on saisit d’emblée la substantifique moelle d’une étude en rouge d’un régime dont l’inexpiable imposture est, précisément, de se faire passer pour tel, tandis qu’il subsume la démocratie – au risque d’obscurcir une taxinomie éprouvée depuis Aristote et Montesquieu – tout en occultant la France, par omission mensongère. Ainsi, Rouvillois explique comment ce mot de république est « susceptible de désigner n’importe qui et de servir à n’importe quoi », ce qui le rend difficilement définissable, obligeant, en conséquence, ses thuriféraires à forger une « légende de substitution », fût-ce au prix de contorsions sophistiques et de spécieuses inflexions sémantiques.

De l’extrême gauche à l’extrême droite, les républicains sont partout, « mais absolument opposés en toutes choses ».

Factotum ou « couteau suisse de la politique », le mot républicain « peut servir de substitut à certains termes » [une marche « républicaine » préférée à « nationale »], de supplément à d’autres [la république comme « démocratie plus » selon Régis Debray], mais aussi de moyen de rassembler [au-dessus des partis], d’intégrer ou d’exclure [les républicains orthodoxes contre les tièdes] ».

Concept « inconsistant », la république tente de s’arrimer au suffrage universel, métonymie de l’égalité. Entre valses-hésitations et défiance plébiscitaire, il faudra attendre la Ve République, la moins républicaine de ses devancières, pour qu’il soit pleinement reconnu, tandis qu’il connaîtra ses plus ardents et inattendus défenseurs chez des antirépublicains conséquents, tels les « ultras » de la Restauration, les légitimistes de la monarchie de Juillet, jusqu’au royaliste Maurras qui écrira qu’« il ne s’agit pas de [le] détruire, mais de [le] rendre aux affaires où il est compétent » tout en jugeant « idiot » d’en exclure les femmes !

La république annexera l’éducation qui n’a pourtant rien de « spécifiquement républicain », la « doctrine républicaine » faisant justement défaut, tandis que le mouvement éducatif fut, pendant tout le XIXe siècle, un trait commun à toute l’Europe et à tous les régimes. La république prônera alors l’universalisme comme pendant de la fraternité, son citoyen abstrait ne réalisant, finalement, qu’un syncrétisme historique et utopique inabouti (exemple de la IIIe « république xénophobe »). De guerre lasse, elle investira la laïcité. Rétrospectivement surestimée, ses contours flous ne s’éclairent que par ce qu’elle n’est « à beaucoup d’égards que le prolongement du vieux gallicanisme […] ; ce qui confirme qu’elle est moins une exception républicaine qu’une exception française ».

Ni monarchie, ni dictature, la république ? Rien n’est moins sûr. Rouvillois ne peut manquer de souligner avec gourmandise que la république se confondait uniment avec l’État sous la monarchie, tandis qu’elle empruntait les traits de celle-ci sous Napoléon quand, historiquement, la dictature « fut toujours perçue comme l’un des visages de la république », de Cincinnatus à Mussolini, en passant par la Terreur jusqu’à l’article 16 de De Gaulle.

Bref, dénuée de définition « historique, empirique, juridique », la république, ne reposant même pas sur une doctrine « qui en détermine les thèses et en guide l’action », n’est ni plus ni moins qu’une « construction mythologique » articulée autour des fameuses « valeurs » que le sacro-saint État de droit est chargé de garantir. »

Fiche de lecture de Jonathan Sturel :

« Tous les livres dont se chargent les rayonnages de librairie n’ont pas le même degré d’utilité (ni le même degré de toutes sortes d’autres valeurs d’ailleurs). A cet égard, celui de Frédéric Rouvillois, Etre (ou ne pas être) républicain, paru aux éditions du Cerf en 2015, fait figure de pépite.

À celui qui s’intéresse à la chose politique, qu’il soit déjà campé sur des convictions ou qu’il cherche, au milieu du brouhaha politique, à démêler le vrai du faux, il n’est pas exagéré d’encourager à la lecture prioritaire de cet ouvrage qui, au nombre de ses mérites, compte celui d’opérer efficacement la jonction entre un sujet d’actualité (« la République », « les valeurs républicaines » et toutes les déclinaisons proverbiales voisines) et une véritable approche de fond (origines et spécificités des différents types de gouvernement) – que j’appelle ici l’archéologie des idées.

La philosophie politique s’est interrogée pendant des siècles sur ce que devrait être la meilleure forme de gouvernement possible, entendu que cette recherche succède à la volonté initiale de servir le bien commun ; ce que Jean-Jacques Rousseau résumait en ces termes : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant ». En France, le fait est que ce débat est depuis longtemps tranché, au point qu’en plus d’avoir été choisie en définitive par les gouvernants politiques, la forme républicaine est gravée dans le marbre juridique :

« La forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision », article 89 de la Constitution de la 5ème République française.

Or, et la lecture du livre de Frédéric Rouvillois le démontre méthodiquement, il n’y a pas formule plus creuse que « forme républicaine », ou même « République ». Etymologiquement d’abord, ce mot construit sur l’origine latine res publica signifie chose publique, soit fondamentalement l’organisation, par un pouvoir politique décisionnaire, des règles de vie, des normes institutionnelles et des éléments de base capables d’encadrer le quotidien des habitants de la Cité ; cela sans distinction des conditions de l’avènement du gouvernement qui occupe cette fonction, ni des méthodes qu’il utilise pour cela, ni des motivations qui sont les siennes. Ceux de nos contemporains qui s’imaginent que la République est un système nécessairement démocratique, laïc, fluide et ouvert sur le monde ont probablement manqué d’observer que la théocratie iranienne s’appelle « République islamique d’Iran » ou que le régime héréditaire et totalitaire nord-coréen s’appelle « République populaire démocratique de Corée ».

Etre (ou ne pas être) républicain bouscule les prétentions d’une époque qui, par cécité et par conditionnement, par facilité et démission, a déporté un sujet de philosophie politique vers l’univers quasi-métaphysique -pour ne pas dire mystique- en auréolant « la République » d’apparats divins et transcendants. En ceci qu’il remet de l’ordre dans les choses, le livre de Frédéric Rouvillois, instructif et même éducateur, est une pièce importante d’un dispositif de remise en question des certitudes auquel il est devenu urgent de se confronter. »

Jonathan Sturel

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