Les derniers jours : La fin de l’Empire romain d’Occident – Michel De Jaeghere

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Titre : Les derniers jours : La fin de l’Empire romain d’Occident

Auteur : Michel De Jaeghere

Date de sortie : 2014 (1ère édition); 2016 (2ème édition revue et actualisée)

Résumé / Quatrième de couverture :

Sans doute l’effondrement de la civilisation romaine n’eut-il ni l’uniformité ni la fulgurance dont se plut à le parer l’imagerie romantique. La disparition de l’empire d’Occident n’en fut pas moins le résultat d’une submersion violente du territoire romain par des populations qui désiraient jouir de ses richesses sans adopter ses disciplines. Elle se traduisit, pour ses contemporains, par un désastre comme l’histoire en offre peu d’exemples.

Au fil d’un récit plein de drames, de fureurs, de retournements, d’où émergent les grandes figures de Théodose, de Stilicon, d’Alarir, de Galla Placidia, d’Attila, d’Aetius, Michel De Jaeghere fait revivre le siècle décisif qui sépare l’irruption des Goths, en 376, de la déposition, cent ans plus tard, de Romulus Augustule. Brossant le portrait de la société et des institutions de l’Antiquité tardive : comme celui des peuples barbares qui se pressaient alors aux portes de l’empire, il analyse sur la longue durée le processus qui vit la montée en puissance des populations germaniques à l’intérieur du monde romain, en ne négligeant ni l’histoire militaire, ni les circonstances politiques, économiques et sociales qui réduisirent les autorités romaines à l’impuissance.

Il inscrit, surtout, l’ensemble de son livre dans une double réflexion sur la grandeur et les limites de la civilisation antique et sur les causes de la mort des empires.

Michel De Jaeghere est journaliste. Il dirige le Figaro Histoire et le Figaro Hors-série. Il a publié au Belles Lettres Le Menteur magnifique, Chateaubriand en Grèce (2006).

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

L’histoire et l’analyse du dernier siècle de l’Empire romain d’Occident (376-476). Un grand récit qui renouvelle en profondeur ce que l’on croyait savoir sur la chute de Rome et invite à méditer sur la fragilité des civilisations. Déjà un classique plébiscité par le public et la critique et qui a été couronné par le prix Du Guesclin.

Autre résumé :

« Michel De Jaeghere fait le récit circonstancié des évènements qui ont conduit à la disparition de l’empire d’Occident. Les replaçant dans la longue histoire de l’empire romain, il se concentre sur le dernier siècle de son existence, de l’invasion de la Thrace par les Goths Tervinges en 376 après J.-C., à la déposition de Romulus Augustule, le 28 août 476. Au fil d’un récit plein de fureurs et de rebondissements, d’où émergent les grandes figures de Théodose, de Stilichon, d’Alaric, de Galla Placidia, d’Attila ou d’Aetius, il fait le tableau de la société et des institutions de l’antiquité tardive, comme celui des peuples barbares qui se pressent aux portes de l’empire. Analysant sur la longue durée le processus qui vit la montée en puissance des populations germaniques à l’intérieur du monde romain, il ne néglige ni l’histoire militaire des invasions, ni l’analyse des circonstances politiques, économiques et sociales qui ont réduit les autorités romaines à l’impuissance. Il inscrit surtout l’ensemble du récit dans une double réflexion sur la grandeur et les limites de la civilisation antique et sur les causes de la mort des empires.
En réaction contre l’imagerie romantique du XIXe siècle, le courant dominant de l’historiographie décrit désormais la fin de l’empire d’Occident comme un processus de transition qui aurait vu le passage de témoin à des royaumes qui, pour être désormais dirigés par des barbares, n’en auraient pas moins incarné une forme nouvelle, originale, de la romanité. Ce changement aurait été bien accepté par les populations romaines, qui auraient elles-mêmes pris l’initiative de trouver des ‘accommodements’ avec des nouveaux-venus qu’elles avaient, pour la plupart, elles-mêmes invités à pénétrer sur leur territoire afin de leur confier la défense de leurs frontières. Les Derniers Jours s’inscrit en faux contre cette vision irénique en revenant à un genre aujourd’hui négligé par les spécialistes de la période : le récit des évènements. Le livre montre que si l’effondrement de la civilisation gréco-romaine n’eut sans doute ni l’uniformité, ni la fulgurance dont se plût à la parer les historiens du siècle passé, la disparition de l’empire romain d’Occident fut le résultat d’une submersion violente par des populations qui voulaient jouir de ses richesses sans subir les disciplines qui avaient permis de les produire, et qu’elle se traduisit, pour ses contemporains, par un désastre tel que l’histoire n’en offre que peu d’exemples. »

Fiche de lecture de Media-Presse-Info :

« La disparition de l’Empire romain d’Occident est peut-être l’événement le plus intéressant et le plus important de l’histoire universelle. Des générations d’historiens ont tenté d’expliquer la complexité de cet effondrement. « Aucune civilisation, avait écrit René Grousset, n’est détruite du dehors sans s’être tout d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qui ne se soit préalablement suicidé. Et une société, une civilisation, ne se détruisent de leurs propres mains que quand elles ont cessé de comprendre leurs raisons d’être, quand l’idée dominante autour de laquelle elles étaient naguère organisées leur est comme devenue étrangère. Tel fut le cas du monde antique.« . Tel semble être également aujourd’hui le cas de notre monde européen moderne. Voilà pourquoi la lecture de cet ouvrage est indispensable à ceux qui veulent tirer des leçons du passé pour affronter les périls de demain.

Tout a commencé lorsqu’Auguste renonça à civiliser la Germanie. Le monde semblait avoir atteint sa plénitude, la civilisation s’étendait du désert nubien à la forêt germanique, de l’Atlantique au royaume des Parthes. C’est alors que les Romains se laissèrent gagner par la décadence. L’auteur examine minutieusement, chronologiquement, toutes les étapes de l’écroulement de l’Empire, les grandes invasions, la ruine, la perte des vertus, le déclin démographique, les divisions, la débâcle. L’Empire était devenu trop vaste, trop multinational pour susciter l’amour d’une patrie commune, l’attachement à la Cité. La mondialisation avait fait apercevoir aux Barbares les lumières de la civilisation sans être réchauffés par elle. Cela s’acheva dans le sang et les larmes. »

Fiche de lecture dans Rivarol n°3199 :

« Le livre de Michel de Jaeghere, Les derniers jours, la fin de l’empire romain d’Occident, offre en exergue cette citation de René Grousset, qui donne le ton : « Aucune civilisation n’est détruite du dehors sans s’être tout d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qu’il ne se soit préalablement suicidé. Et une société, une civilisation, ne se détruisent de leurs propres mains que quand elles ont cessé de comprendre leur raison d’être, quand l’idée dominante autour de laquelle elles étaient naguère organisées leur est comme devenue étrangère. Tel fut le cas du monde antique. » Lorsque, le 4 septembre 476, le chef barbare Odoacre exila le dernier empereur Romulus Augustule dans la région de Naples, l’empire d’Occident était moribond. Il ne subsistait guère qu’en Italie et l’empereur était soumis au bon vouloir de ses maîtres de la milice. Son pouvoir était inexistant. Le chef barbare mit fin à cette illusion, fit empaqueter les insignes impériaux et les envoya à Constantinople, à l’empereur d’Orient. L’empire d’Orient subsista, quant à lui, encore un millénaire, protégé par la situation géographique de sa capitale, dotée de fortifications imprenables, mais qui finiront, comme on le sait, par s’écrouler sous les coups de boutoir des Turcs. Tout le monde connaît cette phrase de Paul Valéry : « Nous savons désormais que les civilisations sont mortelles ». L’empire romain d’Occident venait de mourir. Et pourtant, l’événement le plus formidable de l’histoire universelle passa inaperçu, écrira en 1973 l’historien Momigliano.

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ ?

Au sommet de l’empire, le monde semblait avoir atteint sa plénitude, la civilisation s’étendait du désert nubien à la forêt germanique, de l’Atlantique au royaume des Parthes. Les destinées paraissaient accomplies. Et puis, ce fut la chute. Le IIIe siècle avait été secoué par de terribles crises. Entre 235 et 288, dix-huit empereurs se succèdent. La plupart meurent de mort violente. Le pire eut lieu en 260. L’empereur Valérien fut fait prisonnier, par traîtrise, par les Perses en Orient (260). La légende raconte que le roi perse Shapur en fit son valet d’écurie. A sa mort, sa peau tannée et peinte en rouge, empaillée, aurait été suspendue au toit d’un temple. Pour l’empire, l’humiliation est terrible. L’imperator cesse d’être invictus, invaincu. Les provinces frontières avaient été ravagées par la guerre et les invasions. Les coups de force avaient succédé, pendant des décennies, aux usurpations et aux séditions militaires. A la fin du IVe siècle, Théodose fit du christianisme la religion d’un empire dont il avait, peu ou prou, réussi à reconstituer l’unité. Mais, quelques années après la mort de Théodose (395), saint Ambroise comparera les villes jadis opulentes de la plaine du Pô à des “cadavres”. Un siècle plus tard, la ville de Rome ne comptait plus que vingt mille habitants, épuisés par les épidémies, les famines et les invasions.

L’UNIVERS ROMAIN S’ÉCROULE

Contrairement à ce que beaucoup d’historiens prétendent aujourd’hui, les Barbares n’avaient pas été “invités” à s’installer dans l’empire. Ils y avaient fait irruption en perçant les lignes de défense romaines. Saint Jérôme, qui avait fui Rome pour se retirer à Bethléem écrit en 396 : « C’est avec horreur que je poursuis le tableau des ruines de notre époque. Voici vingt ans et un peu plus qu’entre Constantinople et les Alpes juliennes, le sang est répandu chaque jour. Partout le deuil, partout les gémissements et l’image innombrables de la mort » Et il conclut sa lettre à son ami Héliodore : « L’univers romain s’écroule ».

Témoin de l’arrivée en Espagne de peuplades qui n’y avaient certes pas été “invitées”, Hydace décrit l’Apocalypse : « Les barbares pillent et massacrent sans pitié. Les humains dévorent la chair humaine sous la pression de la faim, les mères, elles aussi, se nourrissent de la chair de leurs enfants qu’elles ont tués ou fait cuire. » Un poète décrira ainsi l’irruption des Vandales, des Alains et des Suèves en Gaule en 407 : « Tout est ruiné. Les champs, les villes ont changé d’aspect. Par le fer, la peste, la famine, la captivité, le froid, la chaleur, par tous les fléaux à la fois, le genre humain périt. La paix a quitté la terre. Tout ce que tu vois touche à sa fin. » L’archéologie et la toponymie montrent le recul des terres cultivées, l’avancée des forêts, des landes et des marécages, témoignant d’un effondrement de la population des campagnes. Décimée par les épidémies, les confiscations, les incendies, celle-ci ne représentera plus, au VIIe siècle, que la moitié ou le quart de ce qu’elle fut à l’apogée de l’empire. L’Etat, résume le biographe de Gallien dans lHistoire Auguste, était ébranlé dans le monde entier. Les transports sont paralysés par l’insécurité, les villes connaissent la disette, le brigandage compromet l’acheminement du blé d’Egypte, d’Afrique et d’Espagne vers l’Italie. Une grande épidémie (250-270) se répand en Egypte, en Afrique, en Grèce et en Illyrie. La situation est catastrophique.

LA DÉCADENCE

Et pourtant, l’empire sera sauvé, du moins sa chute sera retardée de deux siècles. Il fera l’objet, à compter du règne de Gallien, d’un spectaculaire relèvement. Le prix à payer est cependant l’abandon d’une partie de ses conquêtes. Ces deux siècles verront l’émergence de l’empire chrétien. Dès 284, Rome cessera d’être le centre nerveux du pouvoir. Trop éloignée de la frontière pour être une base militaire, trop exposée pour servir de citadelle. La fondation par Constantin de Constantinople, le 8 novembre 324, sur le site de Byzance, va donner naissance à une nouvelle capitale qui, elle, perdurera durant plus d’un millénaire. La place jouit d’une position stratégique exceptionnelle. Constamment ravitaillée par mer, elle sera à l’abri d’un blocus et se révèlera imprenable durant des siècles. Sur le plan économique, on assiste à la montée en puissance des grands propriétaires terriens qui vivent dans une luxueuse oisiveté. Apparaît aussi une classe de marchands et de spéculateurs qui ne se transformeront jamais en entrepreneurs-producteurs. La plèbe, quant à elle, s’est réfugiée à Rome ou dans les grandes villes. Beaucoup se contentent de vivre des distributions de blé du gouvernement. L’entretien et le ravitaillement des immenses armées coûte une fortune et mobilise de colossales ressources en vivres, en bêtes de trait, en matériel de transport, retirées du travail productif sans que des butins de guerre ne viennent compenser leur coût. Dans les campagnes, la main-d’oeuvre servile a été décimée par les guerres. Le brigandage se développe. Les villes sont menacées de disette. L’exode rural entraîne la concentration dans les villes de populations qui sont consommatrices mais non créatrices de richesses. Les empereurs choisissent des moeurs orientales.

Dioclétien a ordonné qu’on l’adore. Les manteaux et les chaussures qu’il portait étaient couverts de pierreries, alors qu’auparavant la marque distinctive de l’imperium était une chlamyde de pourpre. Sous Justinien, au VIe siècle, les sénateurs devront se mettre à plat ventre devant l’empereur et l’impératrice pour leur baiser les pieds… A l’époque de l’eunuque Eutrope, raconte l’historien grec Eunape au début du Ve siècle, « la tribu des eunuques devint si nombreuse que certains qui portaient barbe, dans leur hâte suraiguë de devenir eunuques et eutropiens, perdirent leur intelligence et leurs testicules afin de jouir des mêmes avantages. » La corruption, quant à elle, était endémique. Peu d’espoir à attendre des juges. Saint Jean Chrysostome dira que les juges sont « des voleurs et des homicides qui n’ont de juges que le nom ». Les fausses accusations pullulent évidemment jusqu’à ce que Constantin, en 335, prenne un édit interdisant aux juges de recevoir les dépositions des dénonciateurs. Ces faits démontrent les lenteurs des progrès de la morale chrétienne dans l’empire. La plèbe des grandes villes passe sa vie au spectacle. L’historien Amien raconte : « Le cirque est son temple ». Le peuple se complaît dans la fainéantise, la cruauté et la luxure. Quant aux combats de gladiateurs, interdits par les réformateurs chrétiens en 325, ils ne disparaîtront en réalité qu’un siècle plus tard pour céder la place aux courses de char et aux reconstitutions de chasses exotiques. Saint Augustin raconte qu’après le sac de Rome, des réfugiés, à peine parvenus à Carthage, s’étaient plongés dans les délices de l’amphithéâtre. Salvien, évoquant la folie des cirques et la luxure des théâtres, dira qu’alors que les barbares étaient au seuil des murs, « les uns étaient égorgés au dehors, les autres forniquaient au-dedans. »

UNE TERRIBLE DÉNATALITÉ ET SES CONSÉQUENCES

En 90 av. J.-C., Rome comptait 900 000 citoyens. On a vu précédemment qu’en l’an 500, il ne restait que 20 000 habitants alors qu’ils étaient 1 200 000 au commencement du IIe siècle. L’empire comptait, à son apogée, 80 millions d’habitants, dont 10 millions en Italie, 10 à 11 millions en Gaule, 6 à 8 millions en Espagne, 7 millions en Afrique et autant en Egypte. Les guerres avaient entraîné de terribles massacres. Un million de Gaulois auraient ainsi péri lors de la guerre des Gaules, entre 58 et 51 av. J.-C. La dénatalité était de plus terrible. A partir du IIIe siècle, le déclin démographique devint manifeste. L’empereur Auguste tenta d’y remédier. Il fit de l’adultère un délit, interdit aux pères de s’opposer au mariage de leurs enfants, accorda des privilèges aux parents de trois enfants, exclut les hommes sans enfants des charges de gouverneur de province, frappa d’incapacité successorale les célibataires. Les résultats furent malheureusement peu significatifs. La mortalité infantile atteignait d’immenses proportions, l’avortement et l’homosexualité étaient très répandus. On estime que le taux de fécondité des familles aristocratiques ne dépassait pas 1,8 enfant par femme au IVème siècle. Celui des familles pauvres était sans doute encore plus bas. Les guerres, les famines, les dévastations avaient accru la mortalité dans des proportions considérables. La crise économique, l’insécurité, le brigandage décourageaient la natalité. La Gaule perdit 20 % de sa population. Les campagnes y étaient « envahies par les marais et ensevelies sous les broussailles ». Rome perd 5 000 habitants par jour du fait des épidémies. Les inscriptions de la province de Belgique démontrent que la moitié d’une classe d’âge meurt avant d’avoir atteint 20 ans. Faute de bras, les terres désertes sont nombreuses. Sous Théodose, raconte Zosime, l’empire fut « réduit dans un état tel qu’on ne reconnaissait même pas les sites sur lesquels (des villes) se trouvaient ». Des tribus profitent de la porosité des frontières pour s’installer sur des terres abandonnées. Au total, c’est plus d’un million de Barbares qui pénètrent par immigration dans l’empire, entre le règne de Dioclétien et celui de Théodose.

La figure traditionnelle du Barbare, les mains liées derrière le dos, est remplacée sur une monnaie frappée en 350 par celle d’un Romain faisant sortir un Barbare de sa hutte en le tenant pacifiquement par la main. Tout au long du IVe siècle, les empereurs seront convaincus que l’immigration est une chance pour l’empire romain. Tragique erreur… Confronté à d’énormes difficultés de recrutement et à la pénurie des hommes, l’empereur Valentinien 1er décidera, en 367, de réduire de 1 mètre 69 à 1 mètre 62 la taille minimale pour entrer dans les légions. Et puis surtout, on prit l’habitude de compléter les effectifs avec des soldats barbares qui accèderont peu à peu aux grades d’officiers supérieurs. Fustel de Coulanges notera que « les nations civilisées appliquent les neuf dixièmes de leur force à la paix et au travail ; les barbares appliquent à la guerre tous leurs bras et toute leur âme. Il peut donc arriver que des sociétés très fortes soient matériellement vaincues par des sociétés très faibles ». L’année 375 et l’invasion des Huns annoncent la catastrophe qui va disloquer l’empire romain. Ammien Marcellin décrira les Huns comme « trapus et contrefaits, si monstrueusement laids et mal formés, que l’on dirait des bêtes à deux jambes, ou des gargouilles qui ornent les pierres d’angle des ponts ». L’empire survivra encore un siècle avant de disparaître. Des souverains d’un an, d’un mois, d’un jour se succèdent. Leur liste prend l’aspect d’un inventaire poétique : Avitus, Majorien, Sévère, Anthémius, Olybrius, Glycerius, Julius Nepos, jusqu’à Romulus Augustule, cet adolescent qui sera le dernier empereur.

LES RAISONS DE LA MORT DE L’EMPIRE

Les explications de la mort de l’empire romain d’Occident sont multiples. On en répertorie plus de deux cents ! Machiavel dénoncera la décadence de la virtù, l’extinction de la force d’âme, suscitée par le règne de l’argent. L’Allemand Herder évoquera « un corps épuisé, un cadavre étendu dans son sang », Voltaire et Edward Gibbon pointeront la responsabilité du christianisme. Voltaire écrira : « L’empire romain avait alors plus de moines que de soldats. Le christianisme ouvrait le ciel, mais il perdait l’empire ». Gibbon dira que les derniers débris de l’esprit militaire s’ensevelissaient dans les cloîtres. Nietzsche accusera le christianisme d’avoir été le « vampire de l’imperium romanum ». Georges Sorel incriminera la disparition des mythes fondateurs de l’Etat païen sous le double coup de boutoir des Pères de l’Eglise et de l’esprit critique. Le savant allemand Otto Seeck avancera une explication darwiniste : l’élimination méthodique des meilleurs par les guerres, les luttes sociales et les persécutions. Max Weber pointera du doigt la folie qui avait consisté, pour un empire fondé sur les communications maritimes, à s’être imprudemment enfoncé dans les terres. Certains écriront que l’empire était mort d’avoir confié sa défense à un prolétariat étranger aux lumières de la civilisation et d’avoir implanté en Occident une monarchie à l’orientale incompatible avec ses traditions. Un géographe américain incriminera deux siècles de sécheresse quand d’autres études mettent en cause l’empoisonnement des élites romaines par le plomb des canalisations. Et puis, il y a bien sûr l’immigration, l’ébranlement causé par la grande migration des Huns et l’installation des Barbares au coeur de l’empire. Rome n’était plus dans Rome… Notons cependant que les peuples nouveaux venus dans l’empire n’ont pas dû représenter plus de 3 à 4 % de la population. Les raisons de la disparition de l’empire romain d’Occident sont en fait multiples. Paul Veyne écrit qu’elle « n’a pas eu de grande cause instructive ; ce fut un processus accidentel, fait de causes innombrables, un accident inattendu, où un grand nombre de petites causes et de petites conditions ont fait boule de neige. »

Sic transit gloria mundi… L’histoire de l’empire romain est pour nous plus qu’un avertissement. Un rappel à l’ordre. »

R.S.

Sommaire :

I. LA CATASTROPHE

La fin d’un monde
Le trésor de la pensée grecque
Pax romana
La chute
Par le fer et par le feu
La déchirure

II. L’ENGRENAGE

Chapitre 1. La rumeur des Barbares
Quand Auguste renonce à civiliser la Germanie
Naissance des peuples
La crise du IIIe siècle

Chapitre 2. Nova et vetera
Les empereurs illyriens
La division de l’empire
Économie de crise
Les habits neufs de l’empereur
Dynasties recomposées
Le consistoire du Prince
Tempora Christiania
Les armes et les lois
Dans les coulisses du Palais Sacré
Dans les griffes du fisc

Chapitre 3. Les Romains de la décadence
Les meilleurs des hommes
La fuite des curiales
Terre des hommes
Panem et circences
Le signe de contradiction
La religiosité du Bas-Empire
Le temps des controverses
La renaissance des lettres
Art nouveau

Chapitre 4. Le glaive et la croix
Place de la concorde
Pontifex Maximus
L’empereur très-chrétien
Maître de la terre et du ciel
Néo-paganisme
La folie des sacrifices
Le songe de Julien
Le trône et l’autel
L’autel de la Victoire
La proscription du paganisme
Les derniers païens

Chapitre 5. Les Barbares sont dans les murs
Crise démographique
Immigration choisie
Immigrés, réfugiés, déportés
Langue de pourpre
Le redéploiement militaire
L’appel aux soldats
Légions étrangères
Les royaumes clients
Barbares impériaux

Chapitre 6. Romanitas
La barbarisation des esprits
L’identité romaine
Rome et les Barbares
La romanisation des vaincus
Latin Lovers
La voie romaine

Chapitre 7. La percée d’Andrinople
L’ouragan vient d’Asie centrale
Les étalons de la Baltique
Les dés de l’histoire
La Grande traversée
Les horreurs de la guerre

Chapitre 8. La part du feu
La guerre des Goths
La paix des braves
Théodose le Grand
Sur les rives de la Rivière froide

Chapitre 9. Les douze travaux de Stilicon
Orient et Occident
L’honneur d’un capitaine
Les affaires de l’Illyricum
Les barbarophobes
La campagne d’Italie
La horde sauvage
La ruée barbare
L’empereur d’Arles

Chapitre 10. Le sac et la cendre
La chute de Stilicon
Rome captive
Le sac de Rome
Les larmes de saint Jérôme
L’heure des comptes
Les deux étendards
La Cité de Dieu

Chapitre 11. Le fantôme de l’Empire
La chevauchée fantastique
Le temps des usurpateurs
La reine du Midi
Fin de partie
Debout au milieu des ruines
Régularisation massive

Chapitre 12. Le dernier des Romains
La fille de Théodose
L’empereur calligraphe
La ville dont le prince est un enfant
Les Vandales débarquent
L’hydre à sept têtes
La débâcle
Sous le joug des Barbares

Chapitre 13. La terreur du monde
Delenda est Carthago
Les Huns et les autres
Les steppes mercenaires.
Cheval d’orgueil
Le tribut d’Attila
Complots et ambassades
Le retournement
Le fléau de Dieu
Les champs Catalauniques
Terre brûlée
Noces de sang
Comment meurt un empire

Chapitre 14. Suite et fin
Le temps des assassins
Empereurs d’occasion
L’ami des Wisigoths
La tentative de Majorien
La régence de Ricimer
L’Invincible Armada
Les royaumes successeurs
Les derniers jours
Roma Invicta

Chapitre 15. La grande illusion
Et c’est ainsi que Théodoric est grand
La pourpre et le diadème
Les mauvais jours
Le triomphe de Bélisaire
Les aléas de la reconquête
Dans les ruines de Rome
Le nerf de la guerre

Chapitre 16. La romanité sans l’empire
Rome n’est plus dans Rome
La fin de l’évergétisme.
La crise de la culture profane
Économie politique
L’archéologisation du monde

III. L’AVERTISSEMENT

L’événement le plus important de l’histoire universelle
Les grandes invasions
La dentelle du rempart
Pillards et sédentaires
Fides et pietas
Démographie du déclin
Les ambiguïtés du patriotisme
Le crépuscule des dieux
L’argent roi
Politique de l’immigration
Imperium et potestas
L’abandon des conquêtes
Le mirage de la mondialisation
Tout empire périra
Le délire de prophètes

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