Louis XIII – Jean-Christian Petitfils

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Titre : Louis XIII

Auteur : Jean-Christian Petitfils

Date de sortie : 2008

Résumé / Quatrième de couverture :

Au regard de l’Histoire, Louis XIII est un roi oublié. Éclipsé par le panache de son père Henri IV, occulté par l’éblouissante renommée de son fils Louis XIV, il laisse l’impression d’un monarque mélancolique, sans personnalité, fuyant son mal être dans la chasse, dominé par son Premier ministre, le tout-puissant cardinal de Richelieu. Erreur ! Ce n’est pas parce qu’il choisit un ministre d’une envergure exceptionnelle qu’il renonce pour autant à gouverner et à être pleinement roi.

Renversant les idées reçues, Jean-Christian Petitfils redonne ici toute sa place à ce souverain méconnu, à la personnalité déroutante, à la fois artiste, musicien, guerrier impétueux, extrêmement jaloux de son autorité, animé par la passion de la gloire et de la grandeur de la France. Sous son impulsion et celle du cardinal, le royaume se modernise. La monarchie dite « absolue » s’édifie. Son règne, traversé par une suite invraisemblable d’épreuves – lutte contre le parti protestant, conspirations des Grands, révoltes populaires, guerre contre la Maison d’Autriche -, prépare et annonce plus qu’on ne le croit celui de Louis XIV.

Sans négliger les faiblesses de l’homme, ses défauts, trop souvent exagérés, cet ouvrage se veut une réhabilitation. Celle d’un roi, d’un grand, d’un très grand roi.

Jean-Christian Petitfils, historien et écrivain, spécialiste de l’Ancien Régime, a publié plus de vingt essais et biographies, notamment un Louis XIV et un Louis XVI, couronnés par de grands prix littéraires, qui ont rencontré un large succès.

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

Fiche de lecture dans la Nouvelle Revue d’Histoire n°39 :

Le peintre Philippe de Champaigne qui a tant fait pour la gloire de Richelieu, campé en « homme rouge » dans un célèbre tableau, n’a pas flatté Louis XIII. Sans doute le modèle offert à son pinceau était-il peu séduisant.Visage lourd et disgracieux, timidité accentuée par le bégaiement, personnalité dominée par l’ennui, sauf quand battent les tambours de la guerre. Si l’on en croit son nouveau biographe, ce roi fut ainsi livré au jugement trop souvent injuste de la postérité. Déjà auteur de talentueuses études qui font autorité, notamment un Louis XIV et un très éclairant Louis XVI, Jean-Christian Petitfils ne se cache pas de vouloir réhabiliter Louis XIII qu’a masqué la stature écrasante de son ministre.

Selon Petitfils, Louis XIII n’a pas eu de chance. Éclipsé par le panache blanc de son père, Henri IV, occulté par l’éblouissante renommée ultérieure de son fils, Louis XIV, il semble jouer de malheur. Il fut tout d’abord dominé par sa mère, l’ambitieuse Marie de Médicis. Puis, durant vingt-deux ans, il se révéla incapable de faire un enfant à son épouse, la jolie Anne d’Autriche, espagnole de naissance, longtemps allergique à son époux et à son royaume d’adoption. Si l’on ajoute à ces infortunes une santé chancelante et une tendance irrépressible à la mélancolie, on comprend que le roi n’incitait pas à rêver. D’Alexandre Dumas à Victor Hugo, la littérature populaire ne l’a pas épargné.

Pour Jean-Christian Petitfils, cette image terne est une injustice qu’il entreprend de réparer. Il rappelle l’audace que fut le coup d’État du jeune monarque, faisant assassiner Concini, favori de la reine mère, afin de prendre effectivement les rênes du pouvoir. Quant à Richelieu, sans diminuer ses mérites, l’historien montre que le choix de ce grand ministre fut exclusivement celui du roi. Fébrile, nerveux à l’extrême, sujet à des crises de larmes (comme plus tard Bismarck), le cardinal vivait dans la hantise d’être congédié et de connaître le sort tragique de Concini. « Sans Richelieu, écrit Petitfils, pas de Louis XIII, mais sans Louis XIII, pas de Richelieu ! » Leur œuvre fut commune et immense.

À la mort du roi, les menaces extérieures sont atténuées. L’étau de la maison d’Autriche a été desserré. L’Espagne est à genoux. Le royaume s’est emparé de provinces utiles à sa sûreté : l’Artois et le Roussillon. La révolte protestante a été matée par la liquidation de La Rochelle. Le roi et son ministre ont porté à bout de bras une monarchie renouvelée. Tout était en place pour que s’impose, au règne suivant, la monarchie administrative et absolue. Fut-ce un bien pour la France et les Français ? Petitfils le pense sincèrement. Mais, à la suite de Burke ou de Tocqueville, et grâce aux travaux récents d’Yves-Marie Bercé, d’Arlette Jouanna ou de Jean-Marie Constant, on ne peut ignorer combien ce pouvoir centralisateur, en éliminant la vigueur de la noblesse et des corps intermédiaires, a contribué à faire de la France une sorte de désert d’individus déracinés après avoir fabriqué la Révolution.

Dominique Venner


Fiche de lecture dans l’Action Française 2000 n° 2756 :

Cet ouvrage remarquable, rigoureusement fondé sur les sources et sur les travaux les plus récents – ceux notamment de Roland Mousnier et de ses élèves – n’est pas seulement une biographie de Louis XIII, mais aussi une histoire du royaume dans une Europe secouée par des événements dramatiques, entre 1610 et 1643.

Le jeune Louis XIII avait connu une enfance des plus triste, après la mort tragique de son père, auprès de Marie de Médicis, « Junon courroucée, mère abusive, assoiffée de considération, de pouvoir et d’honneur » ; il se révéla, à l’âge de quinze ans et demi, lors de l’élimination de Concini, d’une maîtrise de soi qui frappa les contemporains de ce coup d’État royal.

Ardent militaire

Le souverain malade, timide, bègue, complexé, se révéla pourtant, à l’image de son père, un militaire « animé d’une ardeur sans défaut », et, à la bataille du Pont-de-Cé, « d’une aisance déconcertante, cuirassant ses faiblesses derrière la stature d’un général en chef ». De même, le 26 mars 1629, le roi, « l’épée haute au poing, accompagné de quelques grenadiers, escalade les rochers, les tonneaux et les palissades remparées » au Pas de Suse. Lors de la crise de Corbie, en 1636, le Roi est le seul, à Paris, à refuser de céder à la panique. L’ouvrage de Jean-Christian Petitfils accorde une juste place à l’histoire militaire. Il évoque la reconquête, le 24 mars 1637, des îles de Lérins sur les Espagnols, grâce à des barques à fond plat, susceptibles de transporter chacune quatre cents soldats, remorquées par des brigantins depuis le golfe Juan. « Cette invention de l’ingénieur Du Plessis Besanson était la première barge de débarquement… »

Conscient de ses limites, mais pénétré de son sens du devoir et de la grandeur de son rôle, Louis XIII sut s’associer un prélat qui était pourtant un ancien courtisan de Marie de Médicis, et conclure avec lui un véritable pacte politique. Charles Maurras écrivait : « Ni le vieux Guillaume (Ier) ni Victor-Emmanuel, ni Louis XIII n’ont été des princes médiocres, et cependant l’historien politique ou le politique philosophe est tenté de leur préférer le magnifique Louis XIII qui permit au grand cardinal son incomparable dictature fondatrice et réparatrice. »

Un coup inouï

Cette collaboration de deux hommes en mauvaise santé n’allait pas sans heurts. Le cardinal malade, surchargé de problèmes d’une immense diversité, en lutte à de terribles hostilités, éprouvait la tentation permanente de la démission et de la retraite. C’était le roi qui « remontait le moral de son ministre ». Par ailleurs, le grand cardinal présentait certains petits côtés : son obsession policière, son orgueil ou sa vanité, son goût du luxe et de l’ostentation. Mais, liés par le sens du service de l’État, de l’unité et de la grandeur du royaume (alors que le souvenir des guerres de Religion était tout proche) ils réussirent ce coup inouï de faire payer volontairement les « riches », selon le mot de Françoise Bayard : « Grâce aux bourgeois et aux nobles de robe, à leur vanité et à leur engouement pour les offices. » En 1633, les recettes provenant de la vénalité de charges constituaient 52 % de recettes de l’État. Le reste était surtout dû aux emprunts.

Le sens de l’État, et, davantage encore sans doute, une profonde foi catholique unissaient le roi et son ministre. M. Petitfils souligne que c’est à la dévotion du Roi, à son voeu, que l’on doit la fête du 15 août, toujours bien vivante de nos jours. On doit aussi au Roi et au Cardinal la répression de l’agitation protestante dans certaines provinces du Midi. « On ne mesure pas toujours l’importance de cet édit de grâce d’Alès, qui marque vraiment la fin des guerres de Religion, plus que l’édit de Nantes, trêve de circonstance, exagérément magnifiée par l’historiographie française. »

Des complots à répétition

Mais l’agitation nobiliaire (de caractère religieux ou non), les mouvements populaires dûs à la conjoncture économique difficile et à l’intrusion unificatrice des commissaires royaux dans des communautés privilégiées, ont profondément marqué ce règne, ainsi que les complots à répétitions, dûs à des gentilshommes, grands lecteurs de Plutarque, nourris de philosophie stoïcienne, d’idéaux chevaleresques et de nostalgies féodales ; certains personnages aventureux rejoignent les dévots dans leurs dénonciations des souffrances dues aux guerres ou aux difficultés nées des mauvaises récoltes. Et ils relancent l’idée de la tenue d’états généraux périodiques. Jeu des ambitions, jalousies personnelles, ainsi que le modèle de Brutus animent maints complots contre Richelieu, auxquels participa Gaston d’Orléans – heureusement un perpétuel indécis…

La France doit alors faire face à l’impérialisme espagnol, masqué de raisons ou de prétextes religieux. Et la Défenestration de Prague, le 23 mais 1618, marque, pour la plus grande partie de l’Europe, le début d’une période dramatique de plus de trente ans… La France connaît un grand péril, notamment l’année de Corbie (1636) ; au milieu de la tempête défaitiste, seul le Roi sait insuffler aux Parisiens l’élan patriotique qui va contribuer à les sauver.

Le livre de Jean-Christian Petitfils est aussi bien écrit que bien informé. On le lit d’un bout à l’autre avec plaisir.

RENÉ PILLORGET

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