Histoire du citoyen – Jean de Viguerie

Publié le Mis à jour le


Histoire du citoyen

Titre : Histoire du citoyen – L’ « être nouveau » (de 1789 à nos jours)

Auteur : Jean de Viguerie

Date de sortie : 2014

Résumé / Quatrième de couverture :

« Le citoyen, sujet de ce livre, est la créature de la Révolution française. Il est « l’être nouveau ». Les manuels de droit l’ignorent. Il est encore sous nos yeux. Il ne se reproduit pas lui-même. C’est l’éducation nationale qui le reproduit.

Il est armé depuis sa naissance. « Aux armes citoyens » est sa devise. Il combat pour les Droits de l’homme, prend la Bastille, renverse le trône, fait inlassablement la guerre aux rois, aux empereurs et aux dictateurs. Il fournit en victimes les grandes tueries des guerres contemporaines.

Il est républicain depuis l’instauration de la République en 1792, et ne peut pas ne pas l’être, s’identifiant à une république qui n’est pas un régime politique, mais un mythe, une idéologie des « valeurs ». Si la République disparaît, il travaille sans relâche à son retour et la fait revenir. C’est le cas par exemple en 1875 et en 1945. Si la République a des ennemis intérieurs vrais ou supposés, il les accable de sa vindicte. Il les tue. Il tue les prêtres réfractaires en septembre 1792, et les Communards en 1871.

Aujourd’hui sa vindicte est la même, mais sa mission a changé. Il ne fait plus la guerre aux nations étrangères. Il a été désarmé. Sa nouvelle mission consiste à promouvoir la « diversité ». Dans ce nouveau combat il mobilise avec lui la société toute entière. L’entreprise, la banque, les équipes sportives, les actions humanitaires, tout doit être citoyen. C’est encore un combat. Le citoyen ne doit jamais cesser de combattre. Il est dans la servitude et ne saurait l’accepter s’il ne votait pas, mais il vote et on le fait voter de plus en plus. Le scrutin l’aide à vivre en lui procurant l’illusion de la liberté.

Jean de Viguerie est professeur émérite des universités. Il est l’auteur de nombreux ouvrages portant sur le XVIIe et le XVIIIe siècle, ainsi que sur la période révolutionnaire, notamment Le Sacrifice du soir : Madame Élisabeth (Le Cerf, 2011), et Histoire et dictionnaire du temps des Lumières (Robert Laffont, coll. Bouquins, 1995). »

Pourquoi lire ce livre ? / Commentaires :

L’auteur décrit l’Homme nouveau qu’a voulu créer la Révolution française : le citoyen. Cet être artificiel, abstrait, déraciné n’a jamais été défini juridiquement malgré son emploi permanent dans le vocabulaire politique. C’est aussi une histoire de la Révolution de 1789 à nos jours, conçue sous l’angle de la conception et de la réalisation du citoyen.

Extrait de Presse :

« Le grand historien des Lumières a encore frappé. Après, entre autres, Les pédagogues et Les deux patries, Jean de Viguerie se penche cet automne sur un mot d’emploi trop fréquent. Hommes politiques, journalistes, responsables associatifs, artistes, tous en usent et abusent, tantôt comme substantif, tantôt comme adjectif. Sept lettres, claquant comme un étendard : « citoyen » !

LES LUMIÈRES, BERCEAU DU CITOYEN

La filiation du citoyen n’est pas à chercher dans les ruines majestueuses de la Ville éternelle, mais dans l’agitation des salons parisiens de la fin du XVIIIè. Le citoyen n’est alors qu’en gestation. Ses géniteurs se nomment Montesquieu, Rousseau, ou encore Mably. A leurs yeux, le citoyen est un « être nouveau », rien de moins : un individu librement associé à ses semblables, par le truchement d’un pacte social. Ce contrat transforme l’individu, devenu citoyen. Ce dernier, bénéficiaire de droits, participe à l’autorité souveraine, obéit à la volonté générale et doit porter les armes. Porter les armes ? Oui, et ce d’autant plus que les philosophes ignorent la distinction entre le citoyen et le soldat. Tous deux ne doivent faire qu’un : un citoyen digne de ce nom doit rester en alerte.
Construction philosophique, concept quasi-religieux du faux culte des Lumières, l’idée du citoyen se répand dans le public via le Catéchisme du citoyen de Joseph Saige et les pamphlets de l’abbé Sieyès : Délibérations à prendre pour les assemblées de bailliage et surtout Qu’est-ce que le Tiers État ?

LE CITOYEN, CRÉATURE SOUMISE ET BAPTISÉE DANS LE SANG

Réunie en trois ordres le 27 juin 1789, l’Assemblée devient constituante le 9 juillet. Dans la capitale, un autre assemblée se forme : celle des électeurs de Paris. C’est elle qui dirigera la révolte du 14 juillet. Du 10 au 17 juillet, ces deux assemblées forcent l’accouchement du citoyen.
Dieu avait façonné le Monde en sept jours. Dans un laps de temps identique, les révolutionnaires façonnent leur créature, le citoyen, baptisée dans le sang des défenseurs de la Bastille. Tel Minerve sortant casquée de la cuisse de Jupiter, le citoyen naît armé. Sa lame est déjà souillée.
La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen porte au pinacle l’être nouveau. Derrière la poésie de la Déclaration, se cache une étrange dualité entre l’homme et le citoyen. Si l’homme est défini par ses droits (résistance à l’oppression, liberté de communication, etc.), le citoyen, lui, se caractérise par sa soumission. Soumis à la loi, il est tenu de concourir à la formation de celle-ci, expression de la volonté générale. Mieux : il doit lui « obéir à l’instant ». Jean de Viguerie résume : « fruit de la philosophie des Lumières et de l’imagination des constituants, il a été imaginé pour imposer à un homme très diminué, réduit à un « sous-homme » (Xavier Martin), la dictature de la loi révolutionnaire ».
Citoyen rime avec droit de cité ; ce dernier n’est pas octroyé à tous. Femmes, enfants, pauvres, en sont exclus, mais pas seulement. Dans un paradigme où la société politique se confond avec la « grande association », ignorant familles, provinces et corps intermédiaires, l’accomplissement du citoyen passe par l’épuration. Ainsi, après avoir mélangé christianisme et civisme, la Révolution épurera la religion. D’abord par la lettre – Constitution civile du clergé en 1790 – puis par le fer : les massacres de septembre 1792 n’en sont qu’une tragique illustration. Le citoyen soldat est désormais massacreur. Dans le même temps, la proclamation de la République (22 septembre 1792) fait automatiquement du citoyen un républicain. Cette jeune République n’est pas qu’un simple régime ; elle est surtout un esprit régénérateur, s’exprimant dans un contexte de peur et d’hystérie.

L’ÉDUCATION, MODE DE REPRODUCTION DU CITOYEN

« Ce n’est pas tout d’avoir créé le citoyen. Il faut encore le reproduire » (J. de Viguerie, p.105). L’éducation tient là le premier rôle. Le « peuple nouveau » des citoyens ne prend forme que grâce à « l’instruction publique et l’État éducateur ». Aux yeux de Danton, « les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents » ; pour Thibaudeau, les enfants sont « la propriété de l’État », leurs parents n’en étant que « les dépositaires ». On jurerait entendre nos ministres contemporains. Ils n’ont rien inventé, faisant leur la prescription de Rousseau dans l’Emile : « Sitôt qu’il naît, emparez-vous de lui, et ne le quittez plus qu’il ne soit homme ».
Arrivé à l’âge adulte, le citoyen n’est plus maintenu debout par le tuteur de l’Éducation, mais par l’esprit des fêtes républicaines, civiques, exaltant les « vertus sociales », dont le but est, une fois encore, de « refaire la société ».
Lors du coup d’État de Bonaparte, le 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), le soldat citoyen prend le pouvoir contre l’ordre légal. Si la Constitution de l’an VIII, issue du coup d’État, ignore le citoyen, il ne s’agit que d’une pause. Bonaparte ne veut « pas tuer la Révolution, ni faire disparaître le citoyen  » (p. 138). Dans les faits, le citoyen demeure : son obéissance sera militaire, et son glaive porté contre les puissances monarchiques de l’Europe coalisée.

LE CITOYEN ÉLECTEUR ET ANTICLÉRICAL DE LA IIIe RÉPUBLIQUE

Au XIXè s., le citoyen est un insurgé. En 1830, il renverse la monarchie de la Restauration. En février 1848, « il combat pour l’avènement d’une République démocratique et sociale » ; en juin de la même année, il occupe le Palais-Bourbon. En 1871, sur les décombres d’une France humiliée par la défaite de Sedan, le citoyen armé, le « Communard », érige des barricades. Le mur des fédérés sera son tombeau ; ironie du sort, c’est sur son cadavre que naîtra la IIIè République. Les temps changent. Le successeur de Mac Mahon à la présidence de la République est Jules Grévy ; dès lors, l’on passe, au rythme des campagnes électorales et des banquets républicains, du soldat citoyen au citoyen électeur. Ce citoyen est toujours un être nouveau, nourri d’une mystique républicaine, et son esprit est forgé par la haine anticléricale, qui culmine en 1905. Le « vrai citoyen » ne peut être chrétien. Problème : avec le Ralliement, l’Église montre qu’elle n’a pas saisi la véritable essence de l’ « être nouveau », en dépit des avertissements de Mgr Freppel, évêque d’Angers.
Pour les catholiques comme pour les autres français, le terrain est prêt pour tremper dans le sang leur titre de citoyen. L’ombre de la Grande Guerre se profile à l’horizon : la nation armée revit, le citoyen soldat renaît, l’officier est nécessairement républicain, les réfractaires sont fichés (Affaire des fiches). La Grande Guerre a vu périr plus d’un million de Français : l’ « être nouveau » en est naturellement affaibli. Les années 30 et la Seconde Guerre le plongent dans un demi sommeil. L’Épuration le réveille : on distingue les « bons citoyens » des mauvais. Quatre fois sur cinq, le « bon citoyen » patenté est un faux résistant, mais qu’importe !

LE CITOYEN APATRIDE, ASEXUÉ ET MULTICULTUREL : DES ANNÉES 60 À 2014

Le citoyen achève sa mue avec les guerres d’Indochine et d’Algérie. C’en est fini du citoyen armé car, à cette époque, le soldat est un salaud. Le vrai citoyen, c’est le rebelle du Viet Minh ou l’égorgeur du FLN. Tandis que l’Armée française est systématiquement mise en accusation par la presse d’opinion et par l’État, le rebelle, lui, est justifié.
Mai 68, « simulacre de Révolution », marque la rupture. L’image du citoyen était devenue poussiéreuse : il faut l’actualiser. Le concept doit être toiletté, soit !
Citoyen devient un adjectif qualificatif
. On connaissait le « roi citoyen » sous Louis Philippe. Place aux « marches citoyennes » et aux « discours citoyens », surtout lorsqu’ils promeuvent la diversité, nouveau leitmotiv du « peuple nouveau », sans cesse en mouvement. Progrès ineffables de la civilisation occidentale : on peut également « consommer citoyen » ou « rouler citoyen ».
Depuis lors, l’esprit « citoyen » a tout contaminé : de la gauche à l’UMP. L’ouvrage de Jean de Viguerie s’achève sur les premières années du quinquennat de François Hollande. Depuis 2012, plus que jamais, tout est citoyen. Plus que jamais, la réfection perpétuelle de l’être nouveau s’opère par le truchement de l’école. L’écolier de 1793 avait la religion de la patrie ; celui de 2012 a celle de la diversité. La différence s’arrête ici ; pour le reste, le parallèle est frappant : l’idéologie prospère, les familles et corps traditionnels reculent.
M. Peillon avait raison en proclamant, d’un air docte : « La Révolution n’est pas terminée  ». Actualisé, le citoyen est, hélas, encore vivant, et toujours aussi artificiel. »

Le Rouge & le Noir


« La Révolution a voulu créer un homme nouveau, abstrait, sans famille ni pays. Ni religion bien sûr, explique Jean de Viguerie dans son dernier livre.
Dans le charabia médiatico-politique environnant, le mot « citoyen », en principe substantif, est devenu un adjectif. On disait autrefois un citoyen. On dit aujourd’hui un débat citoyen, un comité citoyen, une démarche citoyenne… Le mot « civique » a disparu. Trop ringard. Être citoyen, c’est moderne. C’est républicain. C’est même révolutionnaire.
C’est ce dernier aspect que Jean de Viguerie, en historien des idées qu’il est, a choisi de traiter dans ce livre. Plus précisément : la naissance et l’histoire du citoyen tel que la Révolution française l’a conçu. Le citoyen, explique-t-il, c’est l’« être nouveau » que la Révolution entend créer. Pur « produit de la philosophie des Lumières », c’est un être imaginaire, abstrait, qui n’existe pas. Il se définit par « ses droits, par ses besoins et par ses intérêts ». Il est seul, il n’a pas de famille; sa famille, c’est la nation – révolutionnaire s’entend. Il est utile (contrairement aux vieux, aux handicapés, aux religieux…). S’il oublie de l’être, l’État y veillera. Notamment grâce à l’« Éducation nationale », – l’expression date de cette époque.
C’est un homme étrange que ce citoyen. « Il a une patrie, mais ce sont les droits de l’homme », écrit Jean de Viguerie. C’est un homme hors-sol, il n’a ni croyance religieuse, ni profession, ni métier. Cet « être nouveau » correspond à l’« ordre nouveau » né de la Révolution.
La Révolution de 1789 réduit l’homme et le diminue.
L’apparition de cet homme nouveau est pour l’auteur un événement capital, qu’il va jusqu’à comparer à l’Incarnation : « Après la naissance du Rédempteur (si l’on retient la réalité historique de l’Incarnation), la naissance de l’ « être nouveau » appelé citoyen, est le fait le plus important de l’histoire de l’humanité ». Peut-on vraiment mettre les deux événements sur le même plan ? Ce n’est pas tout à fait ce qu’écrit l’auteur, mais on peut dire que l’ « être nouveau » est une réponse à la venue du Sauveur. « L’Incarnation élève l’homme et le renouvelle, poursuit l’auteur. La Révolution de 1789 le réduit et le diminue. » Et d’enfoncer le clou en citant l’historien Xavier Martin : l’œuvre de la Révolution consiste, selon le vœu de Rousseau, à « transformer l’homme pour mieux le socialiser ». – Le transformer, c’est-à-dire le « libérer » de toutes ses attaches traditionnelles, religieuses, nationales, familiales; le socialiser, c’est en faire une monade adaptable à la volonté politique des gouvernants (et aujourd’hui à la stratégie des grands groupes). La société, dès lors, n’est plus qu’un ensemble d’individus que rien ne relie et que tout sépare, puisqu’ils ne sont animés que par leur égoïsme et leurs intérêts. Il y a dans la Révolution un projet démiurgique : le citoyen, être révolutionnaire, en sera le fruit et l’instrument.
Cette analyse est très éclairante. À sa lumière, l’auteur retrace l’histoire des deux derniers siècles, en tout cas les épisodes les plus significatifs. On comprend mieux, ainsi, la société actuelle. On comprend que la république n’est pas seulement un régime politique mais aussi un mythe – d’où les cris d’orfraie lancés à ceux qui ne seraient pas « républicains ». On comprend que notre société divisée, atomisée, minée de l’intérieur par l’individualisme, n’en est plus vraiment une. On comprend le rôle prépondérant joué par l’État, devenu par la force des choses tentaculaire et omnipotent, chargé qu’il est d’assurer tant bien que mal, et plutôt mal que bien, la cohésion de la société. C’est le mérite de ce livre que de nous en faire prendre conscience. »

Charles-Henri d’Andigné

Extraits :

« Le Ralliement a des adversaires de qualité. Ceux-ci plaident contre le Ralliement, mais leur plaidoirie est incomplète. Les deux opposants principaux sont Mgr Freppel, évêque d’Angers et député, et le sénateur Keller. Mgr Freppel publie deux articles dans le journal L’Anjou, les 17, 18 et 20 novembre 1890, un peu plus d’un mois après le « toast » d’Alger. Il se montre virulent ; le cardinal Lavigerie n’est pas ménagé. Il dénonce « un régime impie et gouverné par la franc-maçonnerie », et une République « athée » à laquelle il veut substituer une monarchie chrétienne. Mais il oublie de dire que la République en France n’est pas une forme de gouvernement comme les autres, mais une idéologie qui prend le nom d’une forme de gouvernement. Elle n’est pas une république athée, mais l’athéisme même portant le nom de république. La réponse du sénateur Keller au cardinal est marquée du même défaut. Il écrit au cardinal que les « catholiques zélés n’ont pas foi dans la forme républicaine, qu’ils la considèrent comme identifiée avec la haine de l’Église ». Or, la République n’est pas identifiée avec la haine de l’Église. Sa nature même n’est pas celle d’une forme de gouvernement. Sa nature est la haine de l’Église.
Car la République, c’est la Révolution, et la Révolution, c’est avant tout l’antichristianisme. Or, cela aussi semble oublié de tous, aussi bien du pape Léon XIII et du cardinal Lavigerie que de leurs contradicteurs. Personne, dans cette controverse du Ralliement, ne semble savoir que la Révolution de 1789 a voulu effacer le christianisme et que le ralliement des catholiques à la République équivaut à une adhésion à l’antichristianisme. Ni le pape, ni le cardinal Lavigerie, ni même leurs contradicteurs opposés au ralliement ne semblent se douter de la nature véritable de la République. »


« Disparition temporaire de la République et de l’ « être nouveau ». L’épisode de l’État français.

Les faits.

En 1940, à la suite de la défaite et de l’armistice, une forme nouvelle de gouvernement est instaurée. Elle est appelé, faute de mieux, l’État français. Le maréchal Pétain porte le titre de chef de l’État. […] Nous ne prétendons pas refaire ici l’histoire de Vichy, mais seulement relater les événements qui ont abouti à la disparition temporaire de la République et du citoyen de 1789. […]

La signification des faits.

Tels sont les faits. Il convient maintenant de définir leur nature et leur portée.
Un grand nombre de commentaires pourrait être fait. Nous nous bornerons aux deux observations suivantes dans la perspective de notre sujet : l’histoire de l’ « être nouveau ».
La première observation concerne le sort de la République. « La République est morte » a écrit Georges Suarez, commentant l’événement. « La République, dira Pierre Dominique, avait démissionné. » Les deux opinions sont discutables. La loi du 11 juillet 1940 ne décrète pas la fin de la République. Le projet de cette loi est signé par le président de la République, Albert Lebrun, en même temps que par le maréchal Pétain. « Tous pouvoirs, dit l’article unique de cette loi, sont donnés au gouvernement de la République sous l’autorité […] du maréchal Pétain. » La République ne meurt pas, elle ne démissionne pas ; elle s’efface. Les deux Chambres ne sont pas supprimées ; elle sont ajournées jusqu’à nouvel ordre. On est « en République, dira le Maréchal à l’un de ses intimes, sans y être, tout en y étant ». En fait, en tant que mythe, en tant qu’idéologie, la République n’existe plus.
Notre deuxième observation concerne le remplacement du citoyen de 1789 par un nouveau Français qui n’a plus rien de révolutionnaire. La Troisième République, depuis la démission de Mac Mahon, était d’inspiration révolutionnaire. Elle se référait constamment aux « grands ancêtres » de 1789-1794. Elle n’était pas, nous l’avons déjà dit, une forme de gouvernement comme les autres. Elle était une idéologie. L’État français, c’est encore, si l’on veut, la République, mais une République seulement politique et non plus confondue avec l’idéologie de la Révolution. […]

Signification de l’épuration.

Le bilan est lourd. 400 000 Français d’après Robert Aron, 500 000 d’après Jean Maze, sont victimes de la Terreur de la Libération, soit 2 000 000 de personnes ayant souffert directement ou indirectement de ces violences, si l’on compte les parents des condamnés. Quant aux citoyens terroristes eux-mêmes, ils sont probablement plus d’un million, si l’on compte avec les tueurs FTP, les juges, les jurés, les pelotons d’exécution, les accapareurs de biens et de places, et les préfets qui ont approuvé ou laissé faire. Pour la deuxième fois depuis sa naissance, l’ « être nouveau » s’est transformé en terroriste. Pour la deuxième fois, il est devenu pleinement ce qu’il était, ou plutôt ce que la Révolution voulait qu’il fût.
Le 25 décembre 1944, le journal Témoignage chrétien jugeait l’épuration nécessaire en tant que « mesure de défense républicaine ». Ce jugement était fondé. Le régime de Vichy avait tenté de détruire le mythe de l’ « être nouveau » et de rendre les Français à eux-mêmes. La République ne pouvait pas ne pas réagir à une tentative aussi sacrilège, et qui, si elle avait abouti, l’aurait privée de sa raison d’être. Il fallait que la punition fût à la hauteur du crime, et le crime n’était pas la collaboration, mais l’atteinte à la religion de la République, à la religion révolutionnaire. La punition devait être telle que les Français ne l’oublient jamais et vivent dans la crainte de génération en génération. Et il en fut ainsi. Car jamais dans l’histoire de la France on n’avait assisté à un tel déploiement de férocité. »

Interview de Jean de Viguerie :

http://www.mauvaisenouvelle.fr/?article=livres-jean-de-viguerie-analyse-le-mythe-du-citoyen–434

Jean de Viguerie sur Radio Courtoisie :

Table des matières :

Chapitre I – La naissance du citoyen
Chapitre II – Le nouvel ordre
Chapitre III – L’ « être nouveau » s’accomplit
Chapitre IV – Septembre 1792. Le citoyen massacreur
Chapitre V – Le citoyen est républicain
Chapitre VI – La reproduction de l’ « être nouveau » (an I et an II)
Chapitre VII – L’ « être nouveau » sous la tutelle militaire (1794-1815)
Chapitre VIII – L’ « être nouveau » au XIXe siècle et le retour de la République
Chapitre IX – 1875-1892 : la République prend racine et l’ « être nouveau » revit
Chapitre X – De nouveau la nation armée. La Grande Guerre
Chapitre XI – 1918-1940 : l’ « être nouveau » est-il usé ? Il s’efface un moment sous Vichy
Chapitre XII – L’ « être nouveau » dans la Résistance. Le citoyen « résistant » (1942-1944)
Chapitre XIII – Les derniers temps du citoyen armé
Chapitre XIV – La réfection de l’ « être nouveau » (1968-2013)

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